« LE XXIE SIÈCLE A BE­SOIN DE CRÉER EN­FIN LE RE­VE­NU UNI­VER­SEL »

En­tre­tien avec le phi­lo­sophe belge Phi­lippe Van Pa­ri­js

L'Obs - - Le Sommaire - PRO­POS RECUEILLIS PAR PAS­CAL RICHÉ ILLUS­TRA­TIONS : ADRIA FRUITOS

Comment vous est ve­nue l’idée du re­ve­nu uni­ver­sel ? En dé­cembre 1982, en fai­sant la vais­selle, et en re­gar­dant un grand chêne par la fe­nêtre ! A l’époque, j’étais pré­oc­cu­pé par le chô­mage, et par­ti­cu­liè­re­ment le chô­mage des jeunes. La seule ré­ponse en­vi­sa­gée, c’était la crois­sance. Or je re­met­tais en ques­tion, avec d’autres, le mo­dèle de la crois­sance in­dé­fi­nie : on était de­puis quelques an­nées dans le dé­bat lan­cé par le Club de Rome, qui avait consta­té que le mo­dèle éco­no­mique n’était pas du­rable, car les res­sources de la pla­nète étaient li­mi­tées. Il fal­lait trou­ver autre chose pour at­ta­quer le chô­mage. Par ailleurs, quelques an­nées avant la chute du mur de Ber­lin, beau­coup d’entre nous avions, à gauche, des doutes sé­rieux quant aux ver­tus d’un rem­pla­ce­ment de la pro­prié­té pri­vée par la pro­prié­té col­lec­tive des moyens de pro­duc­tion. Pour les gens in­di­gnés par le ca­pi­ta­lisme tel qu’il fonc­tion­nait, ce ne pou­vait pas être une uto­pie mo­bi­li­sa­trice. Du point de vue de l’ef­fi­ca­ci­té éco­no­mique, on com­men­çait à dé­chan­ter. Du point de vue de l’éga­li­té, c’était dé­ce­vant. Du point de vue des li­ber­tés, c’était une ca­tas­trophe. Il fal­lait que la gauche ra­di­cale trouve une autre pers­pec­tive, qui aille au-de­là des rac­com­mo­dages du sys­tème. Et ce­la a fait « clic ».

En fai­sant la vais­selle, donc… Oui ! Je me suis dit : et si on dé­cou­plait le re­ve­nu de la con­tri­bu­tion à la crois­sance ? Et si on ima­gi­nait un re­ve­nu in­con­di­tion­nel : in­di­vi­duel, sans contrôle de res­sources ni contre­par­tie ? Les gens qui se rendent ma­lades en tra­vaillant trop pour­raient di­mi­nuer leur

temps de travail, ce qui li­bé­re­rait des em­plois pour d’autres. Et sur­tout ce socle per­met­trait de sou­te­nir ceux qui ont des em­plois aux re­ve­nus faibles ou in­cer­tains, ou qui sont en for­ma­tion, ou qui sont ex­clus. Ce­la per­met­trait en­fin de sub­ven­tion­ner un chô­mage vo­lon­taire, pour des gens qui vou­draient se consa­crer à d’autres ac­ti­vi­tés, en­tre­prendre, etc.

C’était ra­di­cal, et re­joi­gnait l’idéal que Marx par­ta­geait avec les so­cia­listes uto­piques : une société dans la­quelle cha­cun contri­bue­rait vo­lon­tai­re­ment se­lon ses ca­pa­ci­tés (ce qui peut pas­ser par le travail ré­mu­né­ré ou par le bé­né­vo­lat…) et re­ce­vrait en fonc­tion de ses be­soins. Avec un re­ve­nu in­con­di­tion­nel, qui ga­ran­ti­rait les be­soins de base, on pou­vait ar­ri­ver à une si­tua­tion dans la­quelle la ré­mu­né­ra­tion du travail ne four­ni­rait que « l’ar­gent de poche », pour re­prendre une ex­pres­sion de l’uni­ver­si­taire bri­tan­nique George Cole. J’ai alors ap­pe­lé ce­la l’« al­lo­ca­tion uni­ver­selle », parce que ce­la son­nait comme le « su rage uni­ver­sel ». Puis je me suis ren­du compte que je n’étais pas le pre­mier à avoir eu l’idée, et qu’elle était étu­diée de­puis un pas­sé as­sez loin­tain. Quelles ont été les ré­ac­tions quand vous l’avez sug­gé­rée ? Dans les mé­dias, elles os­cil­laient entre « ri­di­cule » et « dan­ge­reux ». J’ai quand même pu gra­duel­le­ment iden­ti­fier une qua­ran­taine de per­sonnes ayant de la sym­pa­thie pour l’idée, dont plu­sieurs y étaient ar­ri­vées in­dé­pen­dam­ment les unes des autres, et je les ai réunies à Lou­vain-la-Neuve en sep­tembre 1986. Ce fut la nais­sance du BIEN, le Ba­sic In­come Eu­ro­pean Net­work, de­ve­nu en 2004 un ré­seau mon­dial. Le pro­chain congrès dé­bute ce 7 juillet à Séoul. Quelles sont les ra­cines du re­ve­nu in­con­di­tion­nel ? Il est le fruit d’une très longue his­toire. Le pre­mier mo­dèle de pro­tec­tion so­ciale, c’est l’as­sis­tance so­ciale, qui a rem­pla­cé la cha­ri­té pri­vée : les mu­ni­ci­pa­li­tés se sont mises à s’oc­cu­per des pauvres. On la voit ap­pa­raître en Flandre, dans cer­taines villes d’Al­le­magne, à Lille, au dé­but du siècle. Ce­la a été théo­ri­sé en 1526 par Jean Louis Vi­vès, un juif conver­ti né à Va­lence, ami de Tho­mas More et d’Erasme, et qui en­sei­gnait à Lou­vain. Puis il y a eu en Grande-Bre­tagne l’ex­pé­rience de la loi de Speen­ham­land (1795), qui o rait un com­plé­ment de re­ve­nu pour les pauvres, ce qui res­semble un peu à votre RSA. Cette ex­pé­rience a sou­le­vé une contro­verse ter­rible, de grands in­tel­lec­tuels (Mal­thus, Toc­que­ville, Burke…) ju­geant que cette loi al­lait conduire à une ca­tas­trophe in­té­grale : se­lon eux, ce­la ne pou­vait que fa­bri­quer des pauvres. Puis un se­cond mo­dèle de pro­tec­tion so­ciale est ar­ri­vé, l’as­su­rance. C’est Con­dor­cet qui l’a ima­gi­né (dans « Es­quisse d’un ta­bleau his­to­rique des pro­grès de l’es­prit hu­main », 1795). L’as­su­rance ne se­ra ins­tau­rée qu’un siècle plus tard, par Bis­marck, et s’im­po­se­ra peu à peu en Eu­rope.

Pour ce qui est du re­ve­nu in­con­di­tion­nel, on trouve une es­quisse de l’idée chez Tho­mas Paine, l’ami de Con­dor­cet. Mais le pre­mier à l’avoir ex­po­sé et dé­fen­du sys­té­ma­ti­que­ment est un cer­tain Jo­seph Char­lier dans un livre pu­blié à Bruxelles en 1848 sous le titre « So­lu­tion du pro­blème social », alors que Marx ve­nait d’y ré­di­ger « le Ma­ni­feste du par­ti com­mu­niste ». Il s’agis­sait de nationaliser les biens fon­ciers et de re­dis­tri­buer à tous le fruit de leur lo­ca­tion. Ul­té­rieu­re­ment, bon nombre d’autres y sont ar­ri­vés in­dé­pen­dam­ment, par exemple l’in­gé­nieur bri­tan­nique Den­nis Mil­ner en 1920, qui pro­voque le pre­mier dé­bat po­li­tique sur le re­ve­nu in­con­di­tion­nel, au sein du Par­ti tra­vailliste. Au dé­but des an­nées 1970, l’éco­no­miste James To­bin convainc le can­di­dat dé­mo­crate à la Mai­son-Blanche George McGo­vern d’in­clure l’idée, sous le nom de de­mo­grant, dans son pro­gramme. De grands éco­no­mistes (Da­niel Co­hen, Ya­nis Va­rou­fa­kis…) se sont pro­non­cés en fa­veur du re­ve­nu uni­ver­sel. Des po­li­tiques s’en em­parent. Le dé­bat semble per­cer en Eu­rope. Pour­quoi seule­ment main­te­nant ? Pour com­prendre que la pro­tec­tion so­ciale peut et doit être ana­ly­sée au­tre­ment que dans les termes aux­quels on est ha­bi­tué (ceux de l’as­sis­tance ou de l’as­su­rance), il faut du temps. A la fin de sa « Théo­rie gé­né­rale », Keynes ex­plique que bien rares sont les dé­ci­deurs po­li­tiques ca­pables d’ab­sor­ber des idées aux­quelles ils ont été ex­po­sés après l’âge de 25 ans !

E ec­ti­ve­ment, ces der­niers mois, de la Ca­li­for­nie à la Co­rée, il n’y a ja­mais eu au­tant d’in­té­rêt pour l’idée de re­ve­nu in­con­di­tion­nel. La né­ces­si­té de s’at­ta­quer au chô­mage sans comp­ter sur la crois­sance, qui l’avait ins­pi­rée il y a trente ans, est au­jourd’hui bien plus lar­ge­ment per­çue. Mal­gré toute la crois­sance pas­sée, le chô­mage des jeunes et la pré­ca­ri­té se gé­né­ra­lisent. Avec le chan­ge­ment cli­ma­tique, les gens prennent en­core plus conscience du pro­blème que pose une crois­sance ra­pide. Et le re­tour de celle-ci semble de toute fa­çon hors de por­tée dans les pays in­dus­tria­li­sés : des éco­no­mistes de grand re­nom, comme La­wrence Sum­mers, parlent même de « stag­na­tion sé­cu­laire ».

Les po­li­tiques s’em­parent aus­si de l’idée : ils se rendent compte qu’il im­porte de pro­po­ser une vi­sion d’ave­nir pour nos so­cié­tés qui o re une al­ter­na­tive à l’as­ser­vis­se­ment néo­li­bé­ral comme au re­pli na­tio­na­liste, au bri­co­lage social-dé­mo­crate comme au mil­lé­na­risme com­mu­niste. Quel est le fon­de­ment phi­lo­so­phique qui sous­tend le re­ve­nu uni­ver­sel ? Si vous ac­cor­dez une grande im­por­tance à la fois à la li­ber­té et à l’éga­li­té, vous pou­vez en­core re­je­ter le re­ve­nu de base, mais vous ne pou­vez pas ne pas vous y in­té­res­ser. Dans mon livre de 1995, « Real Free­dom for All », j’ai dé­ve­lop­pé une concep­tion de la jus­tice so­ciale comme « li­ber­té réelle », pour toutes et tous, qui im­plique un re­ve­nu in­con­di­tion­nel au ni­veau le plus éle­vé qui soit sou­te­nable. Il y a des mar­xistes en fa­veur du re­ve­nu uni­ver­sel. Et des néo­li­bé­raux. A quoi pré­pare-t-il, à une société com­mu­niste ou li­bé­rale ? En 1986, je l’avais dé­crite comme « un che­min ca­pi­ta­liste vers le com­mu­nisme » ! L’idée at­tire une

gauche qui a com­pris qu’il s’agit de dé­fendre l’ex­ten­sion d’une li­ber­té réelle : un pou­voir de né­go­cia­tion for­te­ment ac­cru pour ceux qui en ont ac­tuel­le­ment le moins. Il donne à chaque per­sonne, sur­tout aux plus fra­giles, le pou­voir de dire « non » (à des pro­po­si­tions d’em­ploi fri­sant l’ex­ploi­ta­tion… ou alors à la pour­suite d’un ma­riage mal­heu­reux) mais aus­si le pou­voir de dire « oui » (à d’autres ac­ti­vi­tés, à des pro­jets, à la créa­tion d’en­tre­prise).

L’idée at­tire des li­bé­raux qui ont horreur de la bu­reau­cra­tie et de la tu­telle éta­tique – et veulent vrai­ment dé­fendre la li­ber­té de tous, pas seule­ment celle des riches. Quels sont les pays les plus « mûrs » pour une mise en place du re­ve­nu uni­ver­sel ? A prio­ri, des pays où le dé­bat est plus mûr parce que plus an­cien. Donc les Pays-Bas ou la Fin­lande plu­tôt que la Suisse, par exemple, même si la ré­cente consul­ta­tion po­pu­laire a fait faire un grand bond en avant à l’idée, et a fait connaître les ar­gu­ments en sa fa­veur. Mais le vrai dé­col­lage du concept est im­pré­vi­sible. Il au­ra lieu lors­qu’on se­ra en pré­sence d’une coïn­ci­dence heu­reuse entre des bot­teurs de cul, qui pro­duisent su sam­ment d’éner­gie pour faire bou­ger les lignes, et des bri­co­leurs op­por­tu­nistes qui par­viennent à in­sé­rer as­tu­cieu­se­ment de pro­fondes ré­formes dans les fis­sures du sta­tu quo. Que pen­sez-vous de l’ex­pé­rience fin­lan­daise en cours ? En Fin­lande, on s’oriente vers l’ex­pé­ri­men­ta­tion la plus vaste et la plus sé­rieuse, jus­qu’ici, en Eu­rope. Et ce qu’elle pré­voit est bien plus proche d’un vé­ri­table re­ve­nu in­con­di­tion­nel que les ex­pé­ri­men­ta­tions nord-amé­ri­caines d’im­pôt né­ga­tif dans les an­nées 1970. Comme le ré­fé­ren­dum suisse, ce se­ra, bien au-de­là de la Fin­lande, une belle nou­velle oc­ca­sion de ré­flé­chir au re­ve­nu de base, à ce qui le jus­ti­fie et aux di cultés qu’il sou­lève.

Mais il ne faut pas se faire d’illu­sion sur les ré­sul­tats qu’on peut en at­tendre. D’abord, l’ex­pé­rience est li­mi­tée à deux ans, et le com­por­te­ment vis-à-vis du travail n’est pas le même avec un re­ve­nu de base pro­mis pour deux ans et un re­ve­nu à vie. En­suite, l’at­tri­bu­tion d’un re­ve­nu de base à quelques cen­taines ou quelques mil­liers de per­sonnes, dans un mar­ché du travail qui en compte plu­sieurs mil­lions, ne per­met pas de dé­tec­ter l’ajus­te­ment de l’o re d’em­plois. En­fin, les per­dants nets du nou­veau sys­tème (no­tam­ment ceux qui le fi­nan­ce­ront) sont né­ces­sai­re­ment ex­clus de l’échan­tillon­nage. Comment jus­ti­fier la dis­tri­bu­tion d’une al­lo­ca­tion in­con­di­tion­nelle ? Est-ce une sorte de rente, qui cor­res­pon­drait au ca­pi­tal hu­main col­lec­tif ou à la ri­chesse pro­duite par les gé­né­ra­tions pré­cé­dentes ? Cette ques­tion est fon­da­men­tale à la fois pour as­seoir la jus­ti­fi­ca­tion éthique de l’idée et pour en com­prendre l’émer­gence. L’as­su­rance so­ciale est ap­pa­rue lorsque le mou­ve­ment des tra­vailleurs a réus­si à ob­te­nir des ca­pi­ta­listes une ré­mu­né­ra­tion su­pé­rieure au re­ve­nu de sub­sis­tance : c’est cette marge qui a per­mis de fi­nan­cer une re­dis­tri­bu­tion ho­ri­zon­tale.

Au­jourd’hui, on se rend compte que la part de la ré­mu­né­ra­tion qui est at­tri­buable au travail pré­sent a ten­dance à se ré­duire. Quand on de­man­dait au prix No­bel d’éco­no­mie amé­ri­cain Her­bert Si­mon quelle était la part de notre re­ve­nu at­tri­buable à notre travail

“LA RÉ­DUC­TION DU TEMPS DE TRAVAIL EST UNE IDÉE DU XXE SIÈCLE, PAS DU XXIE.”

pré­sent, il ré­pon­dait : « Je suis très gé­né­reux si je vous dis 10%. » Le reste s’ex­plique par le travail du pas­sé, les in­fra­struc­tures, les in­ven­tions… C’est un ca­deau! Par exemple, si Edi­son n’avait pas do­mes­ti­qué l’élec­tri­ci­té, votre re­ve­nu se­rait moindre. L’idée du re­ve­nu uni­ver­sel, c’est de par­ta­ger plus équi­ta­ble­ment ce ca­deau. Face au chô­mage, à la fin de la crois­sance et à l’ab­sence d’uto­pie, il y a une autre idée que le re­ve­nu uni­ver­sel : c’est la ré­duc­tion du temps de travail. Des éco­no­mistes jugent qu’elle se­rait bien plus adap­tée, car on évi­te­rait de di­vi­ser la société entre ceux qui ont un travail ré­mu­né­ré et ceux qui vivent ou sur­vivent avec le re­ve­nu uni­ver­sel. Qu’en pen­sez-vous ? La ré­duc­tion du temps de travail est une idée du

siècle, pas du siècle. Dans cette ap­proche, le mo­dèle de ré­fé­rence reste le travail sa­la­rié à temps plein pen­dant la vie en­tière : on veut le com­pres­ser pour que cha­cun puisse s’y confor­mer, sans de­voir ta­bler sur une crois­sance in­sou­te­nable.

Mais la réa­li­té du siècle, c’est qu’on as­siste à une mul­ti­pli­ca­tion du travail aty­pique, du travail in­dé­pen­dant, du travail à temps par­tiel, des contrats de toute sorte. L’al­lo­ca­tion uni­ver­selle est une pro­po­si­tion de par­tage souple du temps de travail : à un mo­ment de mon exis­tence, je peux avoir en­vie de moins tra­vailler, par exemple pour mieux m’oc­cu­per de mes en­fants; à un autre, je peux au contraire avoir en­vie de tra­vailler 50 heures par se­maine…

La ré­duc­tion du temps de travail pose trois dilemmes.

– Un. Faut-il di­mi­nuer le sa­laire ou pas ? Il est com­pli­qué d’évi­ter la baisse du pou­voir d’achat en pré­ser­vant la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises.

– Deux. Faut-il ré­ser­ver la ré­duc­tion du temps de travail aux sec­teurs en manque d’em­ploi ou l’étendre à tous ? Si on l’étend, c’est plus juste, mais ce­la peut créer des gou­lots d’étran­gle­ment dans les pro­fes­sions sous ten­sion sur le mar­ché de l’em­ploi. Et for­mer un chi­rur­gien pen­dant quinze ans pour lui dire : « Tu ne peux tra­vailler que 30 heures par se­maine mal­gré les listes d’at­tente pour les opé­ra­tions », ce­la n’a guère de sens.

– Trois. Faut-il l’ap­pli­quer aux seuls sa­la­riés ou aux tra­vailleurs in­dé­pen­dants ? Là en­core, l’éga­li­té vou­drait que tout le monde soit concer­né, mais comment contrô­ler, sans bâ­tir une société sur-so­vié­ti­sée, le temps de travail des com­mer­çants, des au­toen­tre­pre­neurs ou des pro­fes­sions li­bé­rales? Et si on ré­serve la ré­duc­tion du temps de travail aux sa­la­riés, on ver­ra se mul­ti­plier les in­dé­pen­dants et les pseu­doin­dé­pen­dants. Ce dont le siècle a be­soin, c’est une forme plus souple de par­tage du temps de travail, plus in­tel­li­gente du point de vue éco­no­mique et plus res­pec­tueuse de la li­ber­té de cha­cun : l’al­lo­ca­tion uni­ver­selle.

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