AL­LER SIMPLE

Spetses, pa­ra­dis grec

L'Obs - - Le Sommaire - Par ADINE FICHOT MA­RION

Au large de la ci­té de Por­to He­li, dans le Pé­lo­pon­nèse, Spetses a che de­puis plus d’un siècle des al­lures de re­paire ca­ché. Un confet­ti tran­quille de 21,7 ki­lo­mètres car­rés ta­pis­sé d’oli­viers, de cy­près et de pins ; un pa­ra­dis sans voi­tures où le meilleur moyen de se dé­pla­cer reste le deux-roues ; une île sans construc­tions ex­tra­va­gantes dont les ra­vis­santes mai­sons néo­clas­siques aux bal­cons de bois longent une côte fran­gée d’un dé­gra­dé de bleus. Une Grèce de carte pos­tale certes, mais qui a réus­si à se pré­ser­ver du tourisme de mau­vais goût. Que ce soit dans l’une des ta­vernes lo­cales où l’on dé­jeune pour moins de 15 eu­ros dans le port de Da­pia, dans un bar le long de la je­tée ou en choi­sis­sant un pois­son au mar­ché tra­di­tion­nel, le temps n’a pas de prise à Spetses. Fière de son his­toire, elle fut la pre­mière du pays à se dres­ser contre l’oc­cu­pant turc lors de la ré­vo­lu­tion de 1821, et, de­puis, en­tre­tient ja­lou­se­ment le mythe de Las­ka­ri­na Bou­bou­li­na, femme de tête qui in­ves­tit sa for­tune dans la construc­tion de ba­teaux pour lut­ter contre l’Em­pire ot­to­man… En re­mon­tant vers le phare, les chan­tiers navals restent la fier­té de la des­ti­na­tion. Tout comme la sta­tue de la Bou­bou­li­na or­nant la place pié­tonne où trône le Po­sei­do­nion. Un hô­tel cen­te­naire, fraî­che­ment res­tau­ré où flotte en­core un par­fum de vieille Eu­rope. Ma­jes­tueu­se­ment an­cré en front de mer, il a été construit en 1914, dans le sillage des pa­laces de la Côte d’Azur comme le Carl­ton et le Ne­gres­co. Et a ac­cueilli de­puis cette époque la haute société athé­nienne, jus­qu’au roi Cons­tan­tin qui y a cé­lé­bré en 2010 le ma­riage du prince Ni­co­las.

Pour au­tant, ici, on se garde bien de jouer aux mon­da­ni­tés. Ver­sion mai­son de pê­cheur ou hô­tel 5 étoiles, tout s’ac­corde par­fai­te­ment dans ce cadre bé­ni des dieux et sans pré­ten­tion. C’est ain­si que, sous la hou­lette de son pro­prié­taire, An­to­nis Vor­do­nis, ar­ma­teur amou­reux de l’île, l’hô­tel Po­sei­do­nion s’est o ert une re­fonte tout en dou­ceur. Le ma­gni­fique escalier d’époque et les su­perbes sols en car­reaux de ci­ment mul­ti­co­lores ont été mé­ti­cu­leu­se­ment res­tau­rés. Des élé­ments qui s’ac­cordent avec les toiles du cé­lèbre peintre grec Fas­sia­nos et les oeuvres d’ar­tistes contem­po­rains qui ponc­tuent bi­blio­thèque et sa­lon. Dans les 45 chambres, la dé­co­ra­tion reste d’une élé­gante so­brié­té : par­quet au sol, murs blancs, je­tés de lit vert amande… Même chic se­rein sur l’im­mense ter­rasse, face à la mer, où l’on goûte à la cui­sine lo­ca­vore du jeune chef Sta­ma­tis Mar­ma­ri­nos (l’hô­tel pos­sède sa propre ferme de pro­duits bio), en ad­mi­rant l’ar­ri­vée de vieux grée­ments dans le port voi­sin de Da­pia. On peut aus­si en­four­cher son vé­lo, pé­da­ler le nez au vent sur une route dé­serte, s’ar­rê­ter dans l’une de ces pe­tites criques de rêve ja­mais trop fré­quen­tées, s’at­ta­bler dans une ta­verne les pieds dans l’eau. Spetses mé­rite toutes les pa­resses.

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