Les ac­cords de Ma­ti­gnon sur un bris­tol

L'Obs - - Rocard & Nous - M. G., A.S. et M.T.

Mai 1988. « On est ar­ri­vés de­puis cinq ou six jours à Ma­ti­gnon, ra­conte JeanPaul Hu­chon, à l’époque di­rec­teur de ca­bi­net du Pre­mier mi­nistre. Mi­chel entre dans mon bu­reau à cô­té du sien avec un bris­tol. Des­sus, six lignes. C’étaient les bases de l’ac­cord sur la Nou­velle-Ca­lé­do­nie, jus­qu’aux deux tiers des postes ré­ser­vés pour les ka­naks! Il avait eu l’in­tui­tion tout seul, réus­si à mettre des gens d’ac­cord alors qu’ils étaient prêts à s’en­tre­tuer. » A l’époque, l’ar­chi­pel est mi­né par les vio­lences qui op­posent in­dé­pen­dan­tistes et par­ti­sans de son main­tien sous tu­telle fran­çaise. Après avoir en­voyé sur place une « mis­sion du dia­logue », Ro­card réunit à Ma­ti­gnon le chef de file des in­dé­pen­dan­tistes JeanMa­rie Tji­baou, et ce­lui des an­ti-in­dé­pen­dan­tistes Jacques La­fleur. L’at­mo­sphère est ten­due. Pour ne rien ar­ran­ger, Ro­card, pris de vio­lentes dou­leurs au ventre, est contraint de s’ab­sen­ter à plu­sieurs re­prises. « Chaque fois que je dis­pa­rais­sais, ils re­com­men­çaient à s’en­gueu­ler », ra­con­te­ra-t-il plus tard. Les né­go­cia­tions, te­nues se­crètes, dé­bouchent fi­na­le­ment sur un ac­cord qui per­met­tra d’apai­ser le conflit. Il pré­voit un sta­tut tran­si­toire avant un ré­fé­ren­dum ini­tia­le­ment pré­vu en 1998, mais qui se­ra re­pous­sé. Hu­chon livre au­jourd’hui le se­cret de cette réus­site : « Mi­chel Ro­card pou­vait pas­ser des jours et des jours à écou­ter. Il di­sait tou­jours à Dji­baou et à La­fleur: “La confiance ira à la confiance” »…

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