JE QUITTE LE PSU

L'Obs - - Rocard & Nous -

1960, l’an­née où le PSU a été créé, c’était le mo­ment où la guerre froide pre­nait un nou­veau vi­rage, pré­pa­rant l’a ron­te­ment que de­vait être la crise des fu­sées à Cu­ba en 1962. La France, en­ga­gée dans la guerre d’Al­gé­rie, était en­core une puis­sance co­lo­niale im­por­tante mais elle ve­nait d’en­trer dans ce Mar­ché com­mun dont on pen­sait qu’il pré­pa­rait la construc­tion d’une Eu­rope ca­pi­ta­liste. Deux ans après le putsch de mai 1958, la Ve Ré­pu­blique met­tait en place de nou­velles ins­ti­tu­tions et pré­pa­rait une po­li­tique de re­lance du ca­pi­ta­lisme na­tio­nal. Notre en­ga­ge­ment n’avait pas la pré­ten­tion de don­ner une ré­ponse pré­cise à tous ces pro­blèmes. Il était sim­ple­ment le re­fus de l’al­liance avec la droite, le re­fus de la di­vi­sion de la gauche, l’hos­ti­li­té à la guerre co­lo­niale : c’est la pre­mière fois, semble-t-il, qu’un par­ti s’est don­né comme pre­mier ob­jec­tif le sou­tien à un peuple op­pri­mé et la solidarité ac­tive entre la po­pu­la­tion d’un pays in­dus­triel et les pays du tiers-monde. […]

Sur beau­coup de pro­blèmes, il n’exis­tait pas de po­si­tions fixées par le par­ti mais sim­ple­ment un doute ou une ré­serve à l’égard des po­si­tions tra­di­tion­nel­le­ment af­fir­mées par « la gauche » ; ce qui au­rait pu être fai­blesse a été, au contraire, une très grande force, car ce­la a per­mis au PSU de s’en­ga­ger tout en­tier et sans ré­serve dans l’éton­nant mou­ve­ment de Mai-68 et de s’en­ri­chir de tout ce qu’il conte­nait d’ima­gi­na­tion, d’in­ven­tion, de gé­né­ro­si­té, de fête, mais aus­si de pou­voir de des­truc­tion d’un cer­tain nombre de ta­bous, de re­mise en ques­tion des croyances éta­blies de toute éter­ni­té, d’en­trée en force de pro­blèmes soi­gneu­se­ment main­te­nus à l’écart de la vie po­li­tique (la si­tua­tion des femmes, des jeunes, des im­mi­grés, des pri­son­niers, la sexua­li­té, les rap­ports fa­mi­liaux). Et puis toutes les va­leurs re­mises en ques­tion et d’abord l’as­si­mi­la­tion qu’on avait tou­jours faite jusque-là entre ac­crois­se­ment de la consom­ma­tion et pro­grès social, la hié­rar­chie des rap­ports so­ciaux contes­tée dans son prin­cipe et non plus seule­ment dans son ap­pli­ca­tion. […]

Un grand par­ti des so­cia­listes est né­ces­saire pour que l’au­to­ges­tion so­cia­liste de­vienne une réa­li­té. Il est au­jourd’hui pos­sible. Que tous ceux pour qui le so­cia­lisme est une es­pé­rance, l’au­to­ges­tion une ré­ponse aux pro­blèmes d’au­jourd’hui, l’uni­té de la gauche une né­ces­si­té viennent le construire avec nous.

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