LA RI­GUEUR

L'Obs - - Rocard & Nous -

On ne vous en­tend pra­ti­que­ment plus de­puis le 10 mai 1981. Etes-vous si heu­reux dans votre pla­card ? Je tra­vaille à re­mettre en marche la pla­ni­fi­ca­tion fran­çaise. C’est une grande tâche. Où est le pla­card ? C’est votre mi­nis­tère. Vous n’avez pas que des amis, dans le gou­ver­ne­ment. N’avez-vous pas ren­du un mau­vais ser­vice au Plan, fi­na­le­ment, en le pre­nant en charge ? Cette ques­tion, il fau­drait la po­ser à d’autres. Dans ce pays, le pro­blème du Plan est ce­lui de son au­to­ri­té po­li­tique. Il n’a pu être ré­so­lu en trente-cinq ans de pla­ni­fi­ca­tion. La dé­gé­né­res­cence du Plan s’ex­pli­quait bien en pé­riode d’ex­pan­sion. Plus main­te­nant. En France, on ne pla­ni­fie vrai­ment qu’en temps de crise. Et la crise est là. Tout le monde parle de ri­gueur, ces temps-ci. Vous de­vriez être content. Va-t-on, mal­gré les dé­né­ga­tions, vers un bar­risme de gauche ? Le bar­risme est de droite par dé­fi­ni­tion. Cette doc­trine né­glige les in­di­vi­dus en se bra­quant uni­que­ment sur un en­semble de chi res abs­traits. Ce­la étant, il faut, c’est vrai, re­dé­fi­nir des mé­thodes de ges­tion plus strictes. D’abord, parce que la crise in­ter­na­tio­nale s’ag­grave… Vous n’al­lez pas nous dire que vous êtes en train de le dé­cou­vrir ! Moi non. Quelques-uns, ici ou là, ont pu mettre plus de temps qu’il ne fal­lait pour se rendre compte que le monde était en crise. Une par­tie de la gauche avait pris du re­tard, sur ce plan. Mais je crois que les der­niers yeux se des­sillent. C’est pour­quoi pa­raît ve­nue l’heure de la ri­gueur so­cia­liste, c’es­tà-dire de l’équi­libre entre la lu­ci­di­té éco­no­mique et l’ima­gi­na­tion so­ciale. En com­men­çant à la prô­ner, le PS n’est-il pas en train de de­ve­nir ro­car­dien, comme l’a dit Claude Evin, pré­sident de la com­mis­sion des A aires so­ciales à l’As­sem­blée na­tio­nale ? Pour ce qui est de la ri­gueur, mon pro­blème est que la chose suive le mot. Ce pays va se rendre ma­lade à force de prê­ter plus d’at­ten­tion au dis­cours qu’à l’ac­tion. La po­li­tique, pour moi, c’est ce qui se fait. Pas ce qui se dit.

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