L’EU­ROPE

L'Obs - - Rocard & Nous -

Les pays eu­ro­péens n’ont pas suf­fi­sam­ment conscience d’avoir la même iden­ti­té. Peut-être parce qu’ils consti­tuent une sorte de tour de Babel lin­guis­tique : la CEE tra­vaille en sept langues – bien­tôt en neuf, quand l’Es­pagne et le Por­tu­gal la re­join­dront. Et la Com­mu­nau­té n’a pas per­çu que son creu­set de va­leurs

dé­mo­cra­tiques était unique au monde. Au lieu de cher­cher à le faire rayon­ner, elle s’est en­fer­mée dans la dé­fense d’in­té­rêts na­tio­naux mul­ti­la­té­raux. C’est dra­ma­tique. La me­nace d’un e on­dre­ment de l’Eu­rope est si lourde au­jourd’hui que les re­plâ­trages ne su ront sans doute pas. Il fau­dra re­cons­truire l’Eu­rope. […]

L’Eu­rope se meurt du lais­ser-faire. Sa crise est pro­vo­quée par un ex­cès de li­bé­ra­lisme éco­no­mique. En fait, elle ne contrôle rien, sauf l’agri­cul­ture, où elle me­nace d’éta­blir des quo­tas pour in­ter­dire la crois­sance à 8 mil­lions de tra­vailleurs pro­duc­tifs. Je plaide donc pour une re­con­nais­sance du fait que l’Etat a la res­pon­sa­bi­li­té de ré­gu­ler les échanges et la cir­cu­la­tion des pro­duits, de fixer le cadre de la concur­rence avec le même dé­tail qu’il le fait pour la cir­cu­la­tion au­to­mo­bile, ce qui n’en­lève rien à la li­ber­té du pro­duc­teur de base, tout comme l’au­to­mo­bi­liste reste libre du choix de ses iti­né­raires et de ses des­ti­na­tions. Voi­là mon so­cia­lisme. Si vous pen­sez que mes pro­pos consti­tuaient une sorte de re­ven­di­ca­tion im­pé­riale d’un so­cia­lisme par­ti­san, vous vous trom­pez.

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