AU POU­VOIR

L'Obs - - Rocard & Nous -

Le pou­voir vous a-t-il dur­ci? On dit tou­jours : Ro­card, il est gen­til… Tant mieux, et vous pen­sez bien que je ne vais pas m’en plaindre. De fait, j’es­saie tou­jours de res­ter cour­tois. Mais ceux qui m’ont ren­con­tré dans des mo­ments ten­dus n’en ont pas for­cé­ment gar­dé un sou­ve­nir tendre, ras­su­rez-vous ! Il y a un autre cli­ché : Ro­card n’est pas un tueur. Etes-vous de­ve­nu un tueur ? Dé­bat stu­pide ! Nous n’en sommes plus aux Bor­gia. On a in­ven­té la dé­mo­cra­tie, un ré­gime qui consiste jus­te­ment à ne pas tuer. Je m’ho­nore d’être un vrai dé­mo­crate. Le sys­tème mé­dia­tique ap­pelle une trans­for­ma­tion de la vie pu­blique en match de catch. Ce se­rait la plus grave des fai­blesses de se lais­ser al­ler à cette dé­rive au terme de la­quelle on ne peut plus gou­ver­ner. Le pou­voir vous a-t-il fait chan­ger d’avis sur les hommes ? Le chan­ge­ment ma­jeur, c’est une com­pli­ci­té in­tel­lec­tuelle étroite et cha­leu­reuse avec le pré­sident de la Ré­pu­blique. C’est un peu nou­veau lorsque l’on connaît notre longue his­toire com­mune ! Quel re­gard le contes­ta­taire des an­nées 1960 porte-t-il sur le Pre­mier mi­nistre ins­tal­lé au­jourd’hui dans les ors de Ma­ti­gnon ? Un re­gard froid. Le pou­voir, à cause no­tam­ment des pro­blèmes de sé­cu­ri­té, est un en­fer­me­ment per­ma­nent. Par­fois op­pres­sant. Quel re­gard le Pre­mier mi­nistre porte-t-il sur l’ex-lea­der du PSU ? Un re­gard plein de nuances. Le PSU et les clubs ont été les la­bo­ra­toires d’idées de la gauche. Mais j’ai com­mis une faute po­li­tique en croyant, jus­qu’en 1971, qu’on pour­rait à par­tir des forces qui se sont dé­ployées en Mai-68 faire naître une dy­na­mique po­li­tique.

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