LA CRISE MON­DIALE EST POUR DEMAIN

L'Obs - - Rocard & Nous -

Tou­ta­chan­gé­dans les an­nées 1990 avec l’ap­pa­ri­tion des fonds, et d’abord des fonds de pen­sion. L’ac­tion­naire s’est or­ga­ni­sé et, s’agis­sant de sa re­traite, a exi­gé un re­tour sur in­ves­tis­se­ment de plus en plus éle­vé. Co­rol­laire : une pres­sion de plus en plus forte sur les sa­laires, qui ont ces­sé de pro­gres­ser au rythme d’an­tan avant de dé­croître en va­leur ab­so­lue. Les fonds d’in­ves­tis­se­ment – moins du quart des fonds de pen­sion mais plus agres­sifs – ont in­ten­si­fié la ten­dance. Et les fonds d’ar­bi­trage, ou hedge funds, jouent le même jeu. Pour ga­ran­tir aux ac­tion­naires une ré­mu­né­ra­tion éle­vée, tous n’hé­sitent pas à dé­man­te­ler leur proie et à vendre par ap­par­te­ments. Au grand dam des sa­la­riés, ré­duits à la di­men­sion de va­riable d’ajus­te­ment. Le nou­veau sys­tème – tout pour les ac­tion­naires, le moins pos­sible pour les sa­la­riés – est de­ve­nu presque ca­ri­ca­tu­ral avec les hedge funds, ces fonds spé­cu­la­tifs. L’en­semble de ces fonds sont pré­sents dé­sor­mais dans toutes les en­tre­prises du monde oc­ci­den­tal de plus de 2000 sa­la­riés. Leur pres­sion s’est d’abord exer­cée sur les PDG qui ne dis­tri­buaient pas as­sez de di­vi­dendes : ils ont très vite val­sé. Elle s’est tra­duite en­suite par l’ex­ter­na­li­sa­tion de toutes les fonc­tions – en­tre­tien, main­te­nance, services so­ciaux in­ternes – dont les sa­la­riés étaient in­dexés sur les per­son­nels qua­li­fiés qui fai­saient le re­nom de l’en­tre­prise. Tous ces gens-là ont été chas­sés et re­ca­sés dans des PME désyn­di­ca­li­sées, sou­mises à des contraintes sa­la­riales énormes parce que les fa­bri­cants, les don­neurs d’ordre, peuvent chan­ger de sous­trai­tants sans pré­avis. C’est comme ça que s’est ins­ti­tuée la pré­ca­ri­sa­tion du mar­ché du travail (16% des sa­la­riés fran­çais au­jourd’hui), avec, comme consé­quence de cette ré­duc­tion « contrainte » des heures tra­vaillées, un gel ou un re­cul des sa­laires, l’ap­pa­ri­tion de wor­king poors et de vrais pauvres sans travail.

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