LA MO­RALE 1

L'Obs - - Rocard & Nous -

Je ne suis pas de ceux qui dès l’âge de 15 ans croient en leur des­tin. J’ai au contraire vé­cu une vie mi­li­tante, ac­cro­chée, ba­gar­reuse et col­lec­tive. Je m’ho­nore de m’être tou­jours en­tou­ré de gens qui in­tel­lec­tuel­le­ment me valent bien. Puis c’est la vie, ses ha­sards, une tra­jec­toire, une conti­nui­té qui m’ont ame­né où je suis. Ce­la au­rait pu être au­tre­ment, mais c’est ain­si. J’ai des res­pon­sa­bi­li­tés. Je les ai vou­lues. Je les as­sume. J’ai le sen­ti­ment de por­ter une pen­sée et une ma­nière d’être en po­li­tique qui peuvent cor­res­pondre aux be­soins du pays. Vous trou­vez donc mo­rale l’am­bi­tion po­li­tique? Oui. A condi­tion d’as­su­mer la contra­dic­tion qui existe entre la fonc­tion d’in­tel­lec­tuel et celle d’homme de pou­voir. Mais je pense qu’il n’y a pas de bonne conduite d’une société sans pen­sée cri­tique, ana­ly­tique, sou­te­nant des pro­po­si­tions. Trop d’in­tel­lec­tuels fran­çais re­fusent l’éthique de res­pon­sa­bi­li­té, ou n’osent pas al­ler au bout de leur pro­phé­tisme – ce que le po­li­tique ne peut pas se per­mettre. Pour prendre un exemple ré­cent : quand il faut par­ler de la Bos­nie.

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