Wen­dy broie du noir

L’ex-avo­cate amé­ri­caine Wen­dy Wal­ker signe un th­riller ha­le­tant et gla­çant dé­jà pro­mis à de­ve­nir un film

L'Obs - - Critiques - CLAIRE JUL­LIARD

TOUT N’EST PAS PER­DU, PAR WEN­DY WAL­KER, TRA­DUIT DE L’AN­GLAIS (ÉTATS-UNIS) PAR FA­BRICE POIN­TEAU, SO­NA­TINE, 346 P., 21 EU­ROS.

Le poids du trau­ma­tisme, les troubles de la mé­moire et ses pro­ces­sus de re­cou­vrance, la ma­ni­pu­la­tion men­tale sont les thèmes de ce th­riller dé­jà phé­no­mène mon­dial. L’exa­vo­cate Wen­dy Wal­ker, dont c’est le pre­mier ro­man pu­blié en France, prend pour cadre Fair­view, la pai­sible petite ville du Con­nec­ti­cut où elle a gran­di. Le psy­chiatre Alan For­res­ter y re­çoit en consul­ta­tion Jenny Kra­mer, une ado­les­cente de 15 ans vic­time d’un viol quelques mois plus tôt. Le trai­te­ment sé­da­tif qui lui a été ad­mi­nis­tré a e acé le sou­ve­nir de l’agres­sion mais Jenny est tou­jours te­naillée par la ter­reur. Le thé­ra­peute, une som­mi­té lo­cale, voit dé­fi­ler dans son ca­bi­net les di érents ac­teurs du drame. Tom, le père de Jenny, est han­té par la culpa­bi­li­té de n’avoir pu la pro­té­ger. Il est prêt à tout pour re­trou­ver son mys­té­rieux agres­seur. Sa femme, l’étrange Char­lotte, semble consi­dé­rer ce viol comme un pro­blème à ré­soudre, un peu comme un tra­cas do­mes­tique. Une frac­ture ap­pa­raît au sein du couple. La jeune fille plonge dans la drogue, l’al­cool et fait une ten­ta­tive de sui­cide. Très vite, l’ins­pec­teur Par­sons s’oriente vers un sus­pect. Tou­te­fois, l’en­quê­teur prin­ci­pal reste bel et bien le psy­chiatre. A force de re­cueillir les confi­dences et les se­crets des uns et des autres, il est le mieux in­for­mé de l’a aire. A un point qui s’avère dan­ge­reux lors­qu’il se met à cou­vrir les agis­se­ments d’un proche. Ici le ro­man bas­cule. On n’est sûr ni de la vic­time, dont le com­por­te­ment a de quoi sur­prendre, ni des pa­rents qui se dé­chirent, ni de l’em­ployeur de Tom, Bob Sul­li­van, le col­lec­tion­neur de femmes. En­core moins de For­res­ter qui ma­noeuvre ses pa­tients en dou­ceur. Wen­dy Wal­ker épingle avec jus­tesse le quo­ti­dien d’un quar­tier ré­si­den­tiel amé­ri­cain dont les pla­cards re­gorgent de ca­davres. Et où tout le monde pour­rait avoir quelque chose à se re­pro­cher. Le th­riller sert de pré­texte à une étude des méandres de la conscience hu­maine. La mé­moire de cha­cun ré­amé­na­geant ses sou­ve­nirs de ma­nière à pou­voir vivre en paix. Du moins en ap­pa­rence…

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