La ronde d’Anaïs

NOS VIES IN­SOUP­ÇON­NÉES, PAR ANAÏS JEANNERET, AL­BIN MI­CHEL, 190 P., 16 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DI­DIER JA­COB

Qui est cette petite fille qui, au lieu de re­joindre ses ca­ma­rades un jour de ren­trée sco­laire, se cache sous une ar­moire, dans son école, et vit en se­cret dans sa classe, se nour­ris­sant la nuit à la can­tine et re­ga­gnant son re­fuge le ma­tin, avant que les autres en­fants ne viennent s’as­seoir à leur place ? Ce mys­tère nour­rit, comme une source sou­ter­raine, l’in­trigue du ro­man d’Anaïs Jeanneret, qui évoque, par sa construc­tion, le beau film de Max Ophuls « la Ronde ». Hommes et femmes se croisent, s’aiment et se perdent, se re­trouvent aus­si comme pour mieux contem­pler l’im­mense gâ­chis de leur exis­tence. Femme de no­table, Em­ma s’est trom­pée de vie : en se ma­riant avec un avo­cat du bar­reau, elle a sa­cri­fié son amour de jeu­nesse par­ti au ser­vice mi­li­taire. Qu’est de­ve­nu Ma­nuel ? Quand les deux réus­sissent à se li­bé­rer cha­cun de leur ma­riage res­pec­tif, Em­ma et Ma­nuel se re­trouvent. Mais l’en­fant ca­chée sous l’ar­moire vient à point nom­mé grip­per la belle mé­ca­nique de cette pas­sion qui s’est ré­veillée trop tard. Avec une élé­gance rare, Anaïs Jeanneret plonge au coeur de ces amours contra­riées, et c’est très beau.

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