Chan­tal Goya chez Go­dard

MAS­CU­LIN FÉ­MI­NIN, PAR JEAN-LUC GO­DARD. FILM FRAN­ÇAIS, AVEC JEAN-PIERRE LÉAUD, CHAN­TAL GOYA ET MAR­LÈNE JO­BERT (1966, 1H50).

L'Obs - - Critiques - JACQUES DRILLON

Il y a Chan­tal Goya qui se brosse les che­veux in­las­sa­ble­ment, casque noir par­fait mais tou­jours per­fec­tible. Il y a Mar­lène Jo­bert qui se crêpe les siens, et c’est beau­coup moins bien. Il y a en­fin Jean-Pierre Léaud, qui vou­drait bien ti­rer les quatre cents coups an­non­cés. Goya (pho­to) est une pou­pée idiote, lisse comme ses che­veux, mais par­fois désen­chan­tée, avec un vi­sage si grave qu’on s’in­ter­roge : est-elle quel­qu’un, ou rien du tout ? Il y a les ques­tions de so­cio­logue-son­deur, dic­tées par Go­dard dans l’oreillette des ac­teurs, et qui semblent de la drague, à moins que ce ne soit l’in­verse. La mi­sère de la drague, cette in­évi­table lon­gueur, ces sot­tises. « J’aime beau­coup votre style de poi­trine. » – « Hin hin hin. » – « Si, ben… c’est im­por­tant, écou­tez ! » Les pe­tits man­teaux droits, genre Cour­règes… Il y a aus­si les ca­drages ja­mais cen­trés, et la 4X de Willy Ku­rant, qui donnent des noirs si bru­taux et des gris doux et francs. Le pa­vé pa­ri­sien qui brille la nuit, et tous ces hommes et ces femmes qui marchent des­sus, pré­ten­du­ment éman­ci­pés par « la pi­lule et le dia­phragme », et qui prient au contraire leur Dieu in­sou­cieux : « Dé­li­vrez-nous de la li­ber­té. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.