Le soul sys­tème de Ki­wa­nu­ka

LOVE & HATE, PAR MI­CHAEL KI­WA­NU­KA (POLYDOR/UNI­VER­SAL).

L'Obs - - Critiques - GRÉ­GOIRE LEMÉNAGER

Mi­chael Ki­wa­nu­ka, c’est l’an­ti-Re­naud Ca­mus : « I’m a black man in a white world », mar­tèle ici ce jeune gui­ta­riste lon­do­nien né dans une fa­mille qui avait fui l’Ou­gan­da d’Amin Da­da. Sur fond de mains qui claquent comme dans un gos­pel et de gra­cieux ri s fun­ky en son clair, pen­dant qu’une basse bien do­sée et une grosse caisse font mon­ter la sauce, cet hymne-là est d’une e ca­ci­té re­dou­table (vous l’écou­tez une fois, vous l’avez dans un coin du crâne pour la jour­née). Tout « Love & Hate » n’est pas for­cé­ment du même ton­neau. Il y a par­fois un peu trop de miel, une lé­gère sur­charge pon­dé­rale dans cer­tains ar­ran­ge­ments, et on a beau gar­der un jo­li sou­ve­nir de son pre­mier al­bum, « Home Again » (no­tam­ment grâce à l’ir­ré­sis­tible « Tale Me a Tale »), on se dit que les es­prits s’étaient peut-être un peu échau és, en 2012, en pré­sen­tant Ki­wa­nu­ka comme la ré­in­car­na­tion de Mar­vin Gaye, Van Mor­ri­son, Ri­chie Ha­vens et Otis Red­ding réunis. N’em­pêche, ce gar­çon a bien du ta­lent. Il a dû di­gé­rer les le­çons de ses maîtres pour pas­ser avec au­tant de sou­plesse, par­fois à l’in­té­rieur d’une même chan­son, d’une folk mi­ni­ma­liste à des sym­pho­nies soul, avec cordes, cuivres et choeurs pleins de re­verb. On trouve même dans son disque des perles étran­ge­ment ca­mou­flées (comme sur « Cold Lit­tle Heart », qui dure plus de dix mi­nutes, à par­tir de 4’30). Et par­tout sa voix, ten­dre­ment éraillée, évi­dente et di­recte, sait faire groo­ver le blues que le monde n’en fi­nit pas de nous in­fli­ger.

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