10 CHOSES À SA­VOIR SUR… Fran­çois Mo­lins

Après l’af­faire Me­rah, “Char­lie Heb­do” ou les at­ten­tats du 13 no­vembre, le pro­cu­reur de Pa­ris s’ef­force d’ex­pli­quer la tra­gé­die du 14 juillet. Dur mé­tier

L'Obs - - Le Sommaire - MA­THIEU DELAHOUSSE ET VIOLETTE LAZARD

1 COME-BACK Sauf le res­pect que nous lui de­vons, nous es­pé­rions ne plus le re­voir. Moins de vingt-quatre heures après la tue­rie de Nice, Fran­çois Mo­lins est ré­ap­pa­ru sur nos écrans pour o cia­li­ser briè­ve­ment et so­bre­ment un bi­lan cau­che­mar­desque. Il pour­rait n’être qu’un fos­soyeur, oi­seau de mau­vais au­gure que le ter­ro­risme a fait en­trer dans nos vies. En fait, il nous ras­sure et ra­tio­na­lise l’in­ima­gi­nable quand tout semble som­brer.

2 RHÉTORIQUE Son vo­ca­bu­laire n’en fi­nit pas de nous éton­ner. Dans la bouche de Fran­çois Mo­lins, la planque des ter­ro­ristes du 13 no­vembre de­vient un « ap­par­te­ment conspi­ra­tif ». Tout comme le buis­son (conspi­ra­tif donc) où Abaaoud se ré­fu­gie après les tue­ries. Avec lui, le jar­gon po­li­cier et les sigles des di érents ser­vices de po­lice an­ti­ter­ro­riste – DGSI, SDAT, etc. – sont presque de­ve­nus fa­mi­liers.

3 IN­FLUENCE « Je prends mes consignes chez le pré­sident de la Ré­pu­blique, le Pre­mier mi­nistre et chez Fran­çois Mo­lins. » On prête cet hom­mage à Ber­nard Ca­ze­neuve. Le mi­nistre de l’In­té­rieur consulte sys­té­ma­ti­que­ment le pro­cu­reur de Pa­ris avant de s’ex­pri­mer au su­jet du ter­ro­risme, au point de lui faire re­lire les élé­ments les plus im­por­tants de ses dé­cla­ra­tions.

4 IN­DÉ­PEN­DANCE Le ma­gis­trat est ré­pu­té de droite. D’abord di­rec­teur de ca­bi­net de Mi­chèle Al­liot-Ma­rie (2009-2010) à la Jus­tice, il reste avec son suc­ces­seur, Mi­chel Mer­cier, jus­qu’en 2011. Sa no­mi­na­tion dans la fou­lée à la tête du par­quet de Pa­ris, poste stra­té­gique et ré­pu­té po­li­tique, fait ja­ser. En cinq ans, il n’a pour­tant ja­mais été soup­çon­né de la moindre conni­vence avec le pou­voir.

5 IMPARTIALITÉ Un coup à droite, un coup à gauche : les a aires parlent pour lui. Fin 2012, Fran­çois Mo­lins n’a pas hé­si­té à ou­vrir une en­quête sur le compte en Suisse de Jé­rôme Ca­hu­zac, pour blan­chi­ment de fraude fis­cale. Deux ans plus tard, le pro­cu­reur lance des in­ves­ti­ga­tions sur les comptes de cam­pagne de Ni­co­las Sar­ko­zy dans le cadre de l’a aire Byg­ma­lion.

6 PÉ­DA­GO­GIE Adu­lé lors de son pas­sage à la tête du par­quet de Bo­bi­gny (20042009), Fran­çois Mo­lins dis­tri­bue à ses troupes – triées sur le vo­let après un re­cru­te­ment mi­nu­tieux – le « mé­men­to Mo­lins ». Dans ce do­cu­ment, le pro­cu­reur dé­taille les ré­ponses pé­nales à ap­por­ter en fonc­tion des a aires. De nom­breux « bé­bés Mo­lins », ces sub­sti­tuts sor­tis d’école et for­més à Bo­bi­gny, l’ont sui­vi au par­quet de Pa­ris. Tous sont in­vi­tés chaque an­née à un week-end à la mon­tagne ou « Mon­sieur le Pro­cu­reur » de­vient « Mon­sieur Mo­lins ».

7 RÉ­AC­TI­VI­TÉ Du­rant la nuit gla­ciale du 13 no­vembre, té­lé­phone vis­sé à l’oreille, il se dé­place entre le Ba­ta­clan et les ter­rasses fau­chées par les tueurs. Cinq jours plus tard, un bras­sard jaune au bras de sa par­ka mar­ron, il est sur les lieux de l’as­saut de Saint-De­nis. Au quo­ti­dien, il se veut proche de ses troupes, tant les ma­gis­trats que les en­quê­teurs pa­ri­siens de la PJ ou de la gen­dar­me­rie pla­cés sous son au­to­ri­té.

8 ALPINISME Grand et sec, ce spor­tif ori­gi­naire des Py­ré­néesO­rien­tales, dont il a gar­dé une pointe d’ac­cent, a long­temps cou­ru tôt le ma­tin avant de pré­fé­rer le vé­lo. Sa pas­sion pour l’alpinisme l’a conduit à gra­vir des som­mets et à ré­di­ger en 1997 un livre sur les se­cours en mon­tagne. Il a même em­me­né plu­sieurs col­lègues sur les pentes du mont Blanc.

9 CA­RAC­TÈRE Son tem­pé­ra­ment ne le porte ni vers l’élo­quence de ré­qui­si­toires en­fié­vrés ni vers les ren­trées so­len­nelles en­nuyeuses. Au quo­ti­dien, on le dit émo­tif. Co­lé­rique, par­fois. « Il est dur sans être en­dur­ci. Il reste au­jourd’hui très sen­sible », té­moigne un ma­gis­trat. Des vi­sions de scènes de crime ou de dé­tresse hu­maine l’ont très ré­cem­ment en­core sai­si à la gorge.

10 RE­NOM­MÉE Sur Twit­ter, le ha­sh­tag por­tant son nom est de­ve­nu un la­bel. « Fran­çois Mo­lins, je vous aime », avait lan­cé un di­rec­teur de « Li­bé­ra­tion » après le 13 no­vembre. Le pro­cu­reur, lui, fait sa­voir qu’il « ne veut pas être un hé­ros ». Mais comme dans la chan­son, il doit re­mon­ter sur scène…

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