LE PAR­COURS Etats-Unis : 160 ans de conven­tions ré­pu­bli­caines

Avant le show du po­pu­liste Trump à Cle­ve­land, les raouts amé­ri­cains pour dé­si­gner le can­di­dat à la Mai­son-Blanche ont par­fois été très in­dé­cis, no­tam­ment avant l’avè­ne­ment des pri­maires

L'Obs - - Le Sommaire - PHI­LIPPE BOU­LET-GERCOURT

L’his­toire est en marche en ce 17 juin 1856 : le Par­ti ré­pu­bli­cain tient sa pre­mière conven­tion, à Phi­la­del­phie. Il a été fon­dé deux ans plus tôt par 54 ci­toyens dé­ci­dés à s’op­po­ser au Kan­sas-Ne­bras­ka Act, une loi me­na­çant de créer deux nou­veaux Etats es­cla­va­gistes. Par­mi ces ci­toyens, trois femmes : le mou­ve­ment pour le droit des femmes a été fon­dé en 1848, et il est étroi­te­ment lié au Par­ti ré­pu­bli­cain. Tout le monde a ou­blié le nom du can­di­dat no­mi­né, John Fré­mont, et ce­lui de son co­lis­tier, William Day­ton, mais pas ce­lui du per­dant pour la vice-pré­si­dence, un cer­tain Abra­ham Lin­coln. Cette an­née 1856 ver­ra aus­si la can­di­da­ture éphé­mère d’un cer­tain Na­tive Ame­ri­can Par­ty, sur­nom­mé le Know No­thing (« mou­ve­ment de ceux qui ne savent rien »), qui pro­met de « pu­ri­fier » la po­li­tique amé­ri­caine en bar­rant la route aux im­mi­grants ca­tho­liques, ir­lan­dais et autres. Quatre ans plus tard se tien­dra à Chi­ca­go ce qui reste la conven­tion la plus fa­meuse de toute l’his­toire du par­ti. On n’avait ja­mais vu un ras­sem­ble­ment in­té­rieur d’une telle am­pleur : 12 000 per­sonnes se pressent dans le Wig­wam, le centre de conven­tion en bois de Chi­ca­go, pour ac­cla­mer la no­mi­na­tion d’« Ho­nest Abe » Lin­coln. Au dé­compte des voix du troi­sième tour, il manque en­core une voix et de­mie à Lin­coln pour l’em­por­ter. Un cer­tain Da­vid K. Cart­ter, pré­sident de la dé­lé­ga­tion de l’Ohio, s’avance et dit : « J’an­nonce le chan­ge­ment de quatre de nos voix pour se por­ter sur Abra­ham Lin­coln. » Dé­lire de la foule. Mais Lin­coln n’est pas pré­sent : à l’époque, ac­cep­ter en per­sonne une no­mi­na­tion est ju­gé in­digne d’un pos­sible fu­tur pré­sident. Avant l’avè­ne­ment des pri­maires, ce sont les conven­tions qui choi­sissent les can­di­dats et il n’est pas rare qu’il faille de mul­tiples tours de scru­tin pour y par­ve­nir. Le re­cord est éta­bli en 1880 par James Gar­field, à qui il faut 36 tours pour être choi­si (avant d’être as­sas­si­né moins de quatre mois après son ar­ri­vée à la Mai­son-Blanche). Et l’image un peu conve­nue de di­gni­taires du par­ti né­go­ciant dans des ar­riè­re­salles le sort de leurs pou­lains, ci­gare aux lèvres, a long­temps cor­res­pon­du à la réa­li­té. En 1952, il fau­dra de longues trac­ta­tions pour que Dwight Ei­sen­ho­wer l’em­porte dès le pre­mier tour, et 1976 don­ne­ra lieu à une for­mi­dable lutte en cou­lisses entre Ge­rald Ford et Ro­nald Rea­gan. Les pri­maires sont gé­né­ra­li­sées à par­tir de la fin des an­nées 1960 et les conven­tions de­viennent peu à peu un show ré­glé au mil­li­mètre et sans sur­prise. Il y a en­core quelques mo­ments forts, comme l’ap­pa­ri­tion de Sa­rah Pa­lin en 2008, que John McCain a choi­sie à la sur­prise gé­né­rale deux jours plus tôt. Mais à Tam­pa, quatre ans plus tard, la conven­tion est de­ve­nue un hap­pe­ning ca­ri­ca­tu­ral, les ora­teurs de toutes les cou­leurs et eth­nies se suc­cé­dant au po­dium pour s’adres­ser à un par­ti plus blanc et ho­mo­gène que ja­mais. Per­sonne ne le sait en­core, mais l’en­nui de ce dé­cor de car­ton-pâte fait le lit du Trump Bar­num de 2016 qui se dé­roule cette se­maine à Cle­ve­land.

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