Les an­nées folles de Wi­shart

LE SAUT DE L’ANGE, PAR MI­CHAEL WI­SHART, TRA­DUIT DE L’AN­GLAIS (GRANDE-BRE­TAGNE) PAR CA­THE­RINE PIOLA, PAYOT, 332 P., 21 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - CLAIRE JULLIARD

Odys­sée bo­hème dans le Pa­ris et le Londres de l’après­guerre, cette au­to­bio­gra­phie du peintre Mi­chael Wi­shart, en­fin dis­po­nible en France, fit scan­dale en Grande-Bre­tagne lors de sa pa­ru­tion en 1977. Elle res­ta ce­pen­dant culte dans les mi­lieux ar­tis­tique et ho­mo­sexuel. Avec non­cha­lance et acui­té, l’au­teur né en 1928 res­sus­cite une jeu­nesse dé­ca­dente faite d’ex­cès en tout genre. Il en tire des scènes d’an­tho­lo­gie : les séances de pose chez Lu­cian Freud, la des­crip­tion de Fran­cis Ba­con se ma­quillant pour une soi­rée ou la vi­site chez un Utrillo pa­thé­tique. Wi­shart a cô­toyé Ma­rie-Laure de Noailles, Jean Coc­teau ou Peg­gy Gug­gen­heim, mais il ne se li­mite pas à égre­ner des noms de cé­lé­bri­tés. Il y a de la pro­fon­deur chez lui, no­tam­ment dans l’évo­ca­tion de ses ami­tiés et pas­sions. Comme celle de son pre­mier amour, l’ex­cen­trique Den­ham, qui, ré­veillé vers 18 heures, di­sait : « Je dé­teste le ma­tin. » Et celle d’Ann Dunn, son épouse ado­rée dont l’aban­don le lais­sa in­con­so­lable. Ou en­core celle du « der­nier poète mau­dit » Oli­vier Lar­ronde. Cette cap­ti­vante chro­nique, Wi­shart, mort en 1996, la clôt à 33 ans. Car, après la pé­riode cru­ciale d’ap­pren­tis­sage, plus rien n’a vrai­ment la même sa­veur.

Le peintre Mi­chael Wi­shart.

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