LA MODE POUR TOUS

par So­phie Fon­ta­nel

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Une chose, en pré­am­bule : l’uni­vers des dé­fi­lés n’est pas le monde des stars. Chez nous, même ce qu’on ap­pelle la « pi­peu­li­sa­tion » a ses li­mites. Dans la mode, on a nos people à nous. Les autres, on s’en fout un peu. On a même des « fa­mous ». OK, on ne sait pas qui c’est (des gens connus seule­ment en Chine, genre), mais c’est pas grave, c’est nos cé­lé­bri­tés à nous. Et Céline Dion, jus­qu’à peu, n’était pas une des nôtres. En­fin… c’était peut-être une des nôtres – et c’est ce que je vais cher­cher à vous dé­mon­trer –, mais on n’avait pas osé se l’avouer.

Re­pre­nons les faits. Lors des der­niers dé­fi­lés de mode, qui furent ceux de la haute cou­ture à Pa­ris, dé­but juillet, on a vu ap­pa­raître Céline Dion au pre­mier rang des shows. Chez Dior et Giam­bat­tis­ta Val­li, no­tam­ment. Une Céline Dion hi­la­rante, qui as­sis­tait au spec­tacle comme Né­ron à un ma­chin de gla­dia­teurs, en bran­dis­sant son pouce quand elle ai­mait un pas­sage. Au­tant dire, l’ir­rup­tion de la vie dans la mode. Si­mul­ta­né­ment, loin de se les rou­ler sur le sol fran­çais, la pro­di­gieuse Céline Dion don­nait chaque soir des concerts à Ber­cy. Et la faune de la mode se ruait pour al­ler l’écou­ter.

Cer­tains de mes col­lègues di­saient : « Euh, on en pense quoi, en vrai, de Céline Dion ? », avec un air per­du. Car ils sont da­van­tage ha­bi­tués à Pat­ti Smith, voyez. Céline, à leurs yeux, elle n’a pas le tam­pon, même si elle s’ap­pelle Céline comme la marque vé­né­rée du même nom. D’autres col­lègues avouaient écou­ter en boucle « En­core un soir », la der­nière chan­son de la star, écrite par Jean-Jacques Gold­man. D’autres s’ache­taient des cas­quettes Céline Dion que bien­tôt tout le monde vou­lait. Une de mes consoeurs de « M le Monde » a ache­té le tee-shirt, elle.

Qu’est-ce que ça veut dire, tout ça, au fond ? Eh bien, quelque chose que « la Mode pour tous » aime tou­jours à rap­pe­ler: ce monde du luxe est fait de gens por­tés par un rêve d’as­cen­sion so­ciale. Aus­si chics (ou a liés) soient-ils au­jourd’hui, ces gens viennent en grande par­tie d’un mi­lieu po­pu­laire et donc de la fa­bu­leuse culture po­pu­laire. Un peu comme Xa­vier Do­lan, lui aus­si fan de Céline. Et sou­dain, on ne sait trop com­ment, la fu­sion entre ce qu’on est en de­dans et les rêves mi­ri­fiques du des­sus peut se faire. On n’a pas be­soin d’être schi­zo­phrène. On n’a pas be­soin de se la pé­ter, comme di­rait l’autre. On a le droit d’être to­ta­le­ment soi-même, comme dans un grand amour.

Bien sûr, en amour, il faut être deux. Et cette pas­sion de la mode pour Céline Dion a eu des e ets sur la chan­teuse. La bouche bien de­vant le mi­cro, elle a évo­qué ses fringues à chaque concert. De­man­dé des va­li­da­tions au pu­blic. Un soir, Céline por­tait un pan­ta­lon Céline et des ta­tanes dou­blées de four­rure de chez Guc­ci. La foule hur­lait « yyyyyyessssss ! ». Le nir­va­na était at­teint, de part et d’autre. Céline, c’est grand.

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