Quand l’Al­le­magne bas­cule

At­ten­tat-sui­cide, at­taques à la hache et à la ma­chette, fu­sillade mor­telle… Les Al­le­mands sortent bou­le­ver­sés des quatre at­taques meur­trières qui les ont frap­pés en une se­maine. Au risque de se re­tour­ner contre le mil­lion de de­man­deurs d’asile qu’ils ont

L'Obs - - Le Sommaire - DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE À MU­NICH ET ANSBACH, NATACHA TATU

Es­ther doit par­tir tra­vailler, mais elle reste là, si­dé­rée, les yeux ri­vés sur le cor­don de sé­cu­ri­té mis en place par la po­lice au pied de la ca­thé­drale. « Com­ment ce­la a-t-il pu ar­ri­ver chez nous? » L’at­ten­tat a eu lieu la veille, di­manche soir, peu après 22 heures, à moins de 100 mètres de chez elle. De sa fe­nêtre, elle a tout en­ten­du, l’ex­plo­sion, les si­rènes, les am­bu­lances et les hé­li­co­ptères qui ont tour­noyé toute la nuit au­des­sus de la ville, comme dans une sé­rie amé­ri­caine. « Ici, à Ansbach, la ville la plus tran­quille au monde. C’est dingue ! » Comme tout le monde, elle n’a pas pen­sé toute de suite à un acte ter­ro­riste. In­con­ce­vable dans cette pe­tite ci­té tou­ris­tique de Ba­vière de 40 000 ha­bi­tants, avec son châ­teau, ses églises go­thiques et ses jo­lies rues pa­vées bor­dées de ter­rasses et d’an­ti­quaires. L’ex­plo­sion a eu lieu chez Ed­gar, une pe­tite wins­tub (res­tau­rant tra­di­tion­nel) om­bra­gée au pied de la ca­thé­drale. Le ka­mi­kaze s’y était re­plié après avoir été re­fou­lé du fes­ti­val de mu­sique, parce qu’il n’avait pas de billet d’en­trée. Entre les grandes tables en bois, la sil­houette des­si­née au sol à la craie par la po­lice est en­core vi­sible. Il a été tué sur le coup. Sa bombe ar­ti­sa­nale, bour­rée de vis et de clous pour cau­ser le plus de dé­gâts pos­sible, a fait douze bles­sés, dont trois graves. Le bi­lan au­rait été bien plus lourd s’il avait pu ac­cé­der au fes­ti­val. Car il y avait beau­coup de monde ce soir­là : 12 000 per­sonnes pres­sées de­vant la scène, des fa­milles, beau­coup de jeunes… Es­ther ne s’en re­met pas. Bou­le­ver­sée, cette jeune femme de 37 ans l’avoue sans états d’âme : « Main­te­nant, ça suf­fit. Les gens n’osent pas dire ce qu’ils pensent, mais moi, ça ne me gêne pas : des ré­fu­giés, il y en a trop. C’est trop pe­tit, ici. On n’est pas prêts à af­fron­ter ça. Ça ne peut pas conti­nuer. »

Du ka­mi­kaze, on sait peu de choses. Mo­ham­med T. était un jeune Sy­rien de 27 ans, at­teint de troubles psy­chia­triques, qui au­rait fait deux ten­ta­tives de sui­cide et au­rait été briè­ve­ment in­ter­né. Per­sonne, pour­tant, n’a rien vu ve­nir : « Tous les mi­grants ont des pro­blèmes psy­chiques. Les uns ont vu mou­rir toute leur fa­mille, d’autres sont de­ve­nus fous du­rant la tra­ver­sée de la

Lun­di 25 juillet, les po­li­ciers al­le­mands en­quêtent à Ansbach, en Ba­vière, où un jeune ka­mi­kaze sy­rien s’est fait ex­plo­ser le jour pré­cé­dent.

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