Que fe­ra-t-elle si elle gagne ?

En cas de vic­toire, la pré­si­dente Clin­ton en­tend ré­gu­la­ri­ser des mil­lions d’im­mi­grés, amé­lio­rer le sort des classes moyennes et ré­for­mer Wall Street…

L'Obs - - Le Sommaire - PHI­LIPPE BOU­LET-GERCOURT

Mais il y a au­ra des prio­ri­tés. Deux, dans les pre­miers mois: l’im­mi­gra­tion et les in­fra­struc­tures. Clin­ton veut faire vo­ter une loi qui ré­gu­la­ri­se­ra en­fin plu­sieurs mil­lions d’im­mi­grés, et elle s’ap­puie­ra pour ce­la sur une mi­no­ri­té sub­stan­tielle de ré­pu­bli­cains fa­vo­rables à une telle ré­forme. Pour ce qui est des in­fra­struc­tures, « je dé­fen­drai un plan aus­si am­bi­tieux, voire plus que ce que fit le pré­sident Ei­sen­ho­wer en créant le ré­seau d’au­to­routes entre Etats », pro­met-elle. Dans les cent pre­miers jours, elle en­ver­ra au Con­grès un plan de dé­penses d’in­fra­struc­tures de 275 mil­liards de dol­lars (220 mil­liards d’eu­ros). Ce plan très key­né­sien peut trou­ver un sou­tien dans une par­tie de la droite, tant les be­soins sont criants.

Les choses risquent de se cor­ser avec la lutte contre les in­éga­li­tés, autre prio­ri­té de la can­di­date. Clin­ton a re­pris cer­taines pro­po­si­tions de Ber­nie San­ders, comme un sa­laire mi­ni­mum à 15 dol­lars de l’heure (elle pré­fé­rait 12 dol­lars), et un nombre si­gni­fi­ca­tif de me­sures, telles que l’aide à l’école ma­ter­nelle ou le ré­gime gé­né­ral des re­traites, qui pro­fi­te­ront aux Amé­ri­cains les plus fra­gi­li­sés. Mais la vraie prio­ri­té reste la classe moyenne, qui bé­né­fi­cie­ra de da­van­tage de droits fon­da­men­taux (congé pa­ren­tal, crèche…), se voit pro­mettre un ac­cès gra­tuit aux uni­ver­si­tés pu­bliques (en­core une pro­messe de San­ders) et se­ra avan­ta­gée fis­ca­le­ment. Les plus riches, en re­vanche, de­vront mettre la main à la poche. Le plan pré­voit no­tam­ment un taux d’im­po­si­tion e ec­tif de 30% pour les mé­nages ga­gnant plus de 2 mil­lions de dol­lars par an, et une sur­taxe ad­di­tion­nelle de 4% au-de­là de 5 mil­lions. Sous la forte pres­sion de la gauche dé­mo­crate, Clin­ton se­ra obli­gée de ré­for­mer Wall Street avec autre chose que des me­su­rettes. Elle a no­tam­ment pré­vu de cas­ser les plus grosses banques, ou tout au moins de les pé­na­li­ser quand elles tirent avan­tage de leur su­pré­ma­tie. Reste à voir jus­qu’où ira l’ex-al­liée de Wall Street. Même in­cer­ti­tude en ma­tière de po­li­tique étran­gère, où elle an­nonce une at­ti­tude plus in­ter­ven­tion­niste que celle de son pré­dé­ces­seur, mais a rme aus­si que les EtatsU­nis ne peuvent pas ré­gler tous les pro­blèmes des autres pays à leur place.

L’une des in­fluences po­ten­tielles les plus pro­fondes et durables d’une pré­si­dente Clin­ton ne fi­gure pas dans son pro­gramme: il s’agit de l’op­por­tu­ni­té qu’elle de­vrait avoir de nom­mer un ou plu­sieurs juges de la Cour su­prême et de faire bas­cu­ler du­ra­ble­ment sa ma­jo­ri­té à gauche. C’est cette pers­pec­tive, plus que son pro­gramme, qui ter­ri­fie la droite et fait dire à Mike Pence, le co­lis­tier de Trump, que « cette élec­tion dé­fi­ni­ra la Cour su­prême pour les qua­rante an­nées à ve­nir ».

Avec son co­lis­tier Tim Kaine, sé­na­teur de Vir­gi­nie, « tout ce que Trump n’est pas ».

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