La gauche Ber­nie

L'Obs - - Grands Formats | En Couverture - P. B.-G.

L’oeuf ou la poule ? Ber­nie San­ders, por­té par une vague d’en­thou­siasme que per­sonne n’avait vu ve­nir, a-t-il pous­sé le Par­ti dé­mo­crate vers la gauche ? Ou bien l’évo­lu­tion na­tu­relle du par­ti a-t-elle pro­duit Ber­nie ? Un peu des deux. San­ders ré­pète le même dis­cours de­puis trente ans, et avant cette pré­si­den­tielle son dis­cours ren­con­trait un écho mi­nime. Mais sa constance, sa pro­bi­té, sa per­son­na­li­té mo­deste ont sou­dain col­lé par­fai­te­ment avec le dé­goût des élec­teurs – sur­tout les jeunes – pour le dé­luge de dol­lars sur la po­li­tique amé­ri­caine et l’in­fluence cor­rup­trice des lob­bys. Ber­nie a aus­si mul­ti­plié les pro­messes de gra­tui­té d’études su­pé­rieures ou d’as­su­rance-ma­la­die, un pro­gramme qui sé­duit une gé­né­ra­tion d’étu­diants en­det­tés qui ont vu leurs pa­rents su­bir de plein fouet la grande ré­ces­sion. Son in­sis­tance sur les in­éga­li­tés (so­ciales et de re­ve­nus) a re­mis cette ques­tion au centre des pré­oc­cu­pa­tions de la gauche. Il a réus­si à im­pri­mer sa marque à la pla­te­forme de la conven­tion dé­mo­crate de Philadelphie et conver­ti Hilla­ry à plu­sieurs de ses pro­po­si­tions. Il est donc bien da­van­tage qu’un sym­bole. Mais Ber­nie est aus­si un pro­duit de son temps. Il re­ven­dique le la­bel de so­cia­lisme, qui n’est plus pour les jeunes frap­pé d’ana­thème. Et il surfe sur l’ex­trême po­la­ri­sa­tion du pay­sage po­li­tique : en 1990, seule­ment 13% des élec­teurs se di­saient « très à gauche », ils sont cette an­née 26%. Le vi­rage des élec­teurs dé­mo­crates re­monte aux an­nées Bush (le fils) et ses me­sures fis­cales qui ont fa­vo­ri­sé les plus riches. En 2013, les 3% d’Amé­ri­cains les plus riches avaient un pa­tri­moine égal à ce­lui de 90% d’Amé­ri­cains. Mais la vogue Ber­nie, comme celle qui a por­té Trump, se nour­rit aus­si de la co­lère d’Amé­ri­cains se sen­tant vic­times de la mon­dia­li­sa­tion. Main­te­nant que Ber­nie a re­con­nu sa dé­faite, ses sup­por­teurs sont très peu nom­breux à vou­loir se re­por­ter sur Trump. Mais leurs pré­oc­cu­pa­tions, dans bien des do­maines, sont les mêmes que celles des élec­teurs de « Do­nald ».

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