"PLUS IN­TER­VEN­TION­NISTE QU'OBA­MA"

En po­li­tique étran­gère, Hilla­ry Clin­ton croit à “la mis­sion des Etats-Unis, pa­trie de la li­ber­té”

L'Obs - - Grands Formats | En Couverture - PROPOS RECUEILLIS PAR SYL­VAIN COU­RAGE

Com­ment Hilla­ry Clin­ton en­vi­sa­get-elle la po­li­tique étran­gère des EtatsU­nis? Hilla­ry Clin­ton ap­par­tient au cou­rant mains­tream des dé­mo­crates. Elle a une vi­sion clas­sique et haute de la puis­sance amé­ri­caine, à la fois éco­no­mique et stra­té­gique, et elle est plu­tôt in­ter­ven­tion­niste (comme Ma­de­leine Al­bright, se­cré­taire d’Etat de Bill Clin­ton, avec qui j’ai tra­vaillé et qui de­vait son poste à Hilla­ry). Aux Etats-Unis, comme en Eu­rope, deux doc­trines s’a rontent. Faut-il par réa­lisme se conten­ter de trai­ter avec le monde ex­té­rieur tel qu’il est, ou le chan­ger en pro­pa­geant ou en im­po­sant la dé­mo­cra­tie, comme l’avait pré­co­ni­sé le pré­sident Wil­son, père de la So­cié­té des Na­tions, au len­de­main de la Pre­mière Guerre mon­diale ? C’est ce que l’on a ap­pe­lé le « wil­so­nisme ». Hilla­ry Clin­ton croit cer­tai­ne­ment à la mis­sion ci­vi­li­sa­trice des Etats-Unis, pa­trie de la li­ber­té. Va-t-elle pro­lon­ger la po­li­tique dé­fi­nie par Ba­rack Oba­ma ? Elle l’in­flé­chi­rait sen­si­ble­ment. Hilla­ry Clin­ton a été se­cré­taire d’Etat et donc di­plo­mate en chef d’Oba­ma de 2009 à 2013, pen­dant son pre­mier man­dat. Mais son pen­chant pour l’in­gé­rence la di éren­cie du pré­sident sor­tant, in­tel­lec­tuel, réa­liste et froid, et par­ti­san d’un usage res­treint de la force par les Etats-Unis. A ses yeux, comme il l’a for­mu­lé dans un ré­cent ar­ticle dans « The At­lan­tic », « la cré­di­bi­li­té d’un pré­sident amé­ri­cain ne de­vrait pas se me­su­rer seule­ment sur le ter­rain mi­li­taire ». De­puis 2008, Oba­ma s’est e or­cé de ré­sis­ter au cou­rant, pour­tant puis­sant, des li­be­ral hawks [les « fau­cons li­bé­raux », les dé­mo­crates par­ti­sans de l’in­ter­ven­tion­nisme mi­li­taire, NDLR], qui est le sy­mé­trique des néo­con­ser­va­teurs dans le camp ré­pu­bli­cain. Hilla­ry Clin­ton, si elle avait été à la Mai­son-Blanche, au­rait peut-être été plus in­ter­ven­tion­niste qu’Oba­ma en Sy­rie et en Ukraine… Quelle est sa po­si­tion sur le conflit is­raé­lo-pa­les­ti­nien ? De­puis qu’elle a été sé­na­trice de New York, elle dé­fend des po­si­tions pro-is­raé­liennes clas­siques. Sa vic­toire à la pré­si­den­tielle de no­vembre 2016 pour­rait en­traî­ner une plus grande com­pré­hen­sion de la Mai­sonB­lanche en­vers la po­li­tique du Li­koud. J’en veux pour preuve qu’à l’heure de son ral­lie­ment Ber­nie San­ders n’est pas par­ve­nu à im­po­ser une cri­tique de la po­li­tique de co­lo­ni­sa­tion is­raé­lienne dans la pla­te­forme dé­mo­crate. Plus lar­ge­ment, il faut voir si Hilla­ry Clin­ton, au cas où elle est élue, s’en­ga­ge­rait plus face à Daech, si elle ap­pli­que­rait tel quel l’ac­cord sur le nu­cléaire ira­nien, etc. Il se peut qu’il y ait contra­dic­tion entre son in­cli­na­tion pre­mière – in­ter­ve­nir plus – et ses contraintes in­ternes et ex­ternes.

HU­BERT VÉ­DRINE, an­cien mi­nistre des Af­faires étran­gères. Der­nier ou­vrage pa­ru : « le Monde au dé­fi », Fayard.

Se­cré­taire d’Etat, nu­mé­ro un de la di­plo­ma­tie amé­ri­caine, Hilla­ry Clin­ton suit l’ar­res­ta­tion de Ben La­den en di­rect de la salle de crise à la Mai­son-Blanche, le 1er mai 2011.

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