Et Owens dé­fia Hit­ler

LA COU­LEUR DE LA VIC­TOIRE, PAR STE­PHEN HOP­KINS. BIO­PIC AMÉ­RI­CAIN, AVEC STE­PHAN JAMES, JA­SON SU­DEI­KIS, ELI GOREE (1H58).

L'Obs - - Critiques - FRAN­ÇOIS FO­RES­TIER

L’his­toire est exem­plaire, les images sont ma­gni­fiques, l’évé­ne­ment est his­to­rique. Bio­pic consa­cré à la qua­druple vic­toire de Jesse Owens aux JO de Ber­lin 1936, « la Cou­leur de la vic­toire » ra­conte le dé­fi d’un ath­lète noir qui tient tête à l’Al­le­magne na­zie – au grand dam de Hit­ler. L’his­toire est connue : sur les 18 com­pé­ti­teurs afroa­mé­ri­cains pré­sents à Ber­lin cette an­née-là, Jesse Owens (Ste­phan James, pho­to) a été le plus grand, et, jus­qu’à au­jourd’hui, il oc­cupe une place par­ti­cu­lière dans le pan­théon olym­pique : quatre mé­dailles d’or. Au 100 mètres, au 200 mètres, au 4 × 100 mètres et au saut en lon­gueur. De ses dé­buts à Cle­ve­land, en 1933, jus­qu’à son ac­ces­sion au po­dium, on suit les grands mo­ments de la sa­ga : son ami­tié avec le coach Lar­ry Sny­der, ses dé­mê­lés avec la NAACP qui lui conseille de boy­cot­ter, son rap­pro­che­ment (un tan­ti­net re­peint aux cou­leurs de la fic­tion) avec le cham­pion na­zi Luz Long…

Ste­phen Hop­kins, réa­li­sa­teur de la sé­rie « 24 », évoque tous les points forts, mais dé­rive un poil dans le conte de fées. Cette Le­ni Rie­fens­tahl (la quin­tes­sence de l’or­dure ar­ri­viste dans la réa­li­té) qui ma­ni­feste de la sym­pa­thie pour Jesse Owens est-elle cré­dible ? Cette scène où Ave­ry Brun­dage, pré­sident du Co­mi­té olym­pique amé­ri­cain, serre la main aux o ciels na­zis qui lui laissent en­tendre que, bon, les juifs, on ver­ra après, est-elle au­then­tique ? A part ces dé­tails, ce­pen­dant, le film a une grande qua­li­té : il re­met en lu­mière un hé­ros qui a hu­mi­lié l’Al­le­magne na­zie, qui a dé­mon­tré avec force l’im­bé­cil­li­té de la théo­rie ra­ciale et re­trace ce mo­ment unique, ma­gni­fique, for­mi­dable, où un homme noir s’est éle­vé au-des­sus de cet océan de haine qui dé­fer­lait sur l’Al­le­magne. La der­nière scène du film nous montre Jesse Owens, à New York, in­vi­té d’hon­neur dans un grand hô­tel, obli­gé de pas­ser par la porte de ser­vice… Honte à l’Amé­rique, honte à la Mai­sonB­lanche (qui n’a même pas en­voyé un té­lé­gramme), honte au monde du sport amé­ri­cain, qui a lais­sé cou­ler cet ath­lète ex­cep­tion­nel. En 1966, ré­duit à la mi­sère to­tale, il a été obli­gé de qué­man­der un job – et il est de­ve­nu confé­ren­cier (no­tam­ment chez Ford, en­tre­prise qui o rait « Mein Kampf » à ses clients avant la guerre). Mort en 1980, à 66 ans, Jesse Owens a au­jourd’hui son mu­sée, son étoile, sa rue, sa sta­tue. Et son film : im­par­fait, un peu idéa­li­sé, made in Hol­ly­wood. Mais, quand même, quelle émo­tion !

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