Re­tour vers la pho­to

LA MÉ­MOIRE DU FU­TUR, JUS­QU’AU 28 AOÛT, MU­SÉE DE L’ÉLY­SÉE, LAU­SANNE ; (00-41)-21-316-99-11 OU WWW.ELYSEE.CH. CATALOGUE, ÉD. NOIR SUR BLANC, 154 P., 39 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS

Sur les rives du lac Lé­man, Ta­tya­na Franck, di­rec­trice du Mu­sée de l’Ely­sée, a conçu une ex­po­si­tion ori­gi­nale en se ris­quant à confron­ter toutes les pé­riodes de la créa­tion pho­to­gra­phique, de­puis ses ori­gines jus­qu’à un fu­tur ima­gi­né. L’exer­cice ne vise pas à mon­trer que la pho­to­gra­phie an­cienne se­rait su­pé­rieure à celle des temps mo­dernes ou ré­ci­pro­que­ment. De fait, ce qui réunit toutes les pho­tos de ce bel en­semble, c’est la tech­nique. On s’aper­çoit qu’une ar­ma­da de pho­to­graphes d’au­jourd’hui s’est ré­ap­pro­prié les mé­thodes de prise de vue et de ti­rage d’au­tre­fois. Une dé­marche liée à la nos­tal­gie ? Cer­tai­ne­ment pas. La mise en oeuvre de ces pro­cé­dés né­ces­site un sa­voir-faire dont la maî­trise re­pré­sente un vé­ri­table dé­fi. Et dans le même temps, elle au­to­rise toutes les li­ber­tés. On ver­ra ain­si, par exemple, des da­guer­réo­types du e siècle de Jean-Ga­briel Ey­nard cô­toyant des da­guer­réo­types contem­po­rains pris par le Ja­po­nais Ta­ka­shi Arai ou par l’Amé­ri­cain Jer­ry Spa­gno­li. Dans les deux cas, ce qui frappe, c’est l’in­croyable pré­ci­sion de l’image, la ri­chesse de ses tons.

Au fil du par­cours, ju­di­cieu­se­ment ryth­mé, d’autres pro­cé­dés (fer­ro­type, ca­lo­type, am­bro­type, cya­no­type) sont mis en lu­mière, tou­jours en confron­tant des mo­dèles du pas­sé et des réa­li­sa­tions ac­tuelles. On ver­ra ain­si com­ment l’Amé­ri­caine Ve­ra Lut­ter dé­tourne de son usage un contai­ner pour en faire une gi­gan­tesque chambre noire qu’elle uti­lise, entre autres, pour ob­te­nir une vue géante (en né­ga­tif) du pont de Brook­lyn à New York. Autre image de grand for­mat, celle ob­te­nue par Ch­ris­tian Mar­clay : l’au­teur du cé­lèbre « The Clock » (une ins­tal­la­tion vi­déo de 24 heures com­po­sée d’ex­traits de films don­nant au spec­ta­teur l’heure en temps réel) donne à voir ici un gi­gan­tesque cya­no­type, re­con­nais­sable à son fond bleu, sur le­quel on dis­tingue une étrange fo­rêt de bandes et cas­settes ma­gné­tiques. Un pro­cé­dé éga­le­ment uti­li­sé par John Dug­dale, com­po­sant na­tures mortes ou por­traits en sur­im­pres­sion. Tout aus­si éton­nantes sont les sec­tions consa­crées à l’in­ven­teur de l’ho­lo­gramme, Den­nis Ga­bor (avec pour tra­duc­tion contem­po­raine une oeuvre de James Tur­rell, « Double El­lipse Blue and Green »), et à Ga­briel Lipp­mann, ce phy­si­cien fran­çais qui mit au point une mé­thode d’en­re­gis­tre­ment pho­to­gra­phique ba­sée sur la théo­rie on­du­la­toire de la lu­mière. Vous avez dit pas­sion­nant ? Exac­te­ment.

Den­nis Ga­bor, l’in­ven­teur de l’ho­lo­gramme, en 1975.

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