Matt Da­mon : « Je vote Hilla­ry »

L’ac­teur re­noue avec le hé­ros qui a fait sa gloire dans “Jason Bourne”, qua­trième film sur l’es­pion re­né­gat de la CIA. Et il n’aime pas Do­nald Trump

L'Obs - - Le Sommaire - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR NI­CO­LAS SCHALLER (AVEC DAPH­NÉ YIAKOUMIS)

Quand est sor­ti le pre­mier Jason Bourne, George W. Bush était pré­sident et pré­pa­rait une nou­velle guerre en Irak. Vous ré­en­dos­sez le cos­tume au­jourd’hui, après neuf ans d’ab­sence, alors que la me­nace Do­nald Trump plane sur le monde, qui ne va guère mieux. Un oi­seau de mau­vais au­gure, ce Bourne ? Ah ah ah ! Il fal­lait que le monde change pour que Jason Bourne re­vienne. Et il a bien chan­gé de­puis la pé­riode 2002-2007. A l’époque, les grandes en­tre­prises de ré­seaux so­ciaux n’exis­taient pas. L’in­trigue du film tourne donc au­tour de ce nou­veau pro­blème cen­tral : le contrôle de la vie pri­vée grâce aux don­nées in­ter­net et les li­ber­tés ci­viles ba­fouées au nom de la sé­cu­ri­té. Le pré­cé­dent Bourne, « la Ven­geance dans la peau », était an­cré dans les an­nées Bush et la guerre contre le ter­ro­risme. Nous avions tour­né à Londres, Ma­drid et New York, les trois grandes villes di­rec­te­ment tou­chées par les at­ten­tats à l’époque. Quand Paul [Green­grass, le réa­li­sa­teur, NDLR] m’a ap­pe­lé il y a deux ans pour me par­ler d’un nou­veau Jason Bourne, il m’a tout de suite dit vou­loir si­tuer le dé­but du film au sein d’une ma­ni­fes­ta­tion an­ti-aus­té­ri­té en Grèce : il sen­tait que ça al­lait écla­ter là-bas. Les Bourne, c’est avant tout du spec­tacle, mais aus­si un re­flet du monde dans le­quel on vit. La sé­rie vous a per­mis de créer une fran­chise à suc­cès. Mais vous n’avez pas cé­dé à la mode des su­per-hé­ros. Par chance, ils sont tous pris. Que pen­sez-vous de ce que de­vient Hol­ly­wood ? Face à l’e on­dre­ment du mar­ché du DVD et la chute consé­cu­tive des re­cettes, les stu­dios ne se fo­ca­lisent plus que sur les su­per­pro­duc­tions à vi­sée mon­diale. Les films entre 15 et 70 mil­lions de dol­lars dans les­quels j’ai pu jouer tout au long de ma car­rière, ces films à taille hu­maine sur des gens qui se parlent, ne se font plus. Pour « Ma vie avec Li­be­race », il nous fal­lait 23 mil­lions de dol­lars, ce qui n’est vrai­ment pas un gros bud­get. Il y avait Ste­ven So­der­bergh à la réa­li­sa­tion, Mi­chael Dou­glas et moi au cas­ting. Et bien, au­cune so­cié­té de pro­duc­tion n’a vou­lu mettre un sou ! Nous avons fi­ni par col­la­bo­rer avec la chaîne HBO, et tour­ner le film que nous vou­lions. La plu­part des pro­jets in­té­res­sants se font dé­sor­mais à la té­lé­vi­sion. Pour qui al­lez-vous vo­ter en no­vembre pro­chain ? Au­cun doute : Hilla­ry. Je suis très in­quiet. Au-de­là même de mes di­ver­gences avec les idées po­li­tiques de Do­nald Trump, je suis ter­ri­fié par son tem­pé­ra­ment. Il y a trente ans, un jour­na­liste a écrit dans un ar­ticle que Do­nald Trump avait des pe­tites mains. De­puis, chaque an­née, il re­çoit un co­lis avec, à l’in­té­rieur, des pho­tos des mains de Trump et un mot : « Elles ne sont pas si pe­tites à mes yeux. » Vous ima­gi­nez un type pa­reil à la Mai­son-Blanche ? La ques­tion n’est même plus po­li­tique. Elle concerne sa san­té men­tale et la me­nace qu’elle re­pré­sente pour notre sé­cu­ri­té à tous.

D’après vous, Trump peut-il ga­gner ? Nate Sil­ver, le sta­tis­ti­cien de Fi­veT­hir­tyEight.com, a es­ti­mé les votes pro-Trump à 20%. Soit un élec­teur sur cinq. Ce n’est pas rien. Et qui sait quel évé­ne­ment, quel acte ter­ro­riste pour­rait avoir lieu d’ici là et in­fluen­cer l’élec­to­rat en sa fa­veur ? Après le Brexit, tout est pos­sible. En­fant, vous étiez le voi­sin du grand his­to­rien Ho­ward Zinn… La fe­nêtre de la chambre de mon frère don­nait sur celle de son bu­reau. A chaque fois que mon frère se ré­veillait au mi­lieu de la nuit, il voyait Ho­ward en pleine ré­dac­tion de son « His­toire po­pu­laire des EtatsU­nis ». Nous avons été ses voi­sins de 1974 à 1979, le livre est sor­ti en 1980. Ma mère pos­sède la toute pre­mière édi­tion. Il fut comme un deuxième grand-père pour moi, nous avions de longues conver­sa­tions. Il di­sait que le chan­ge­ment ve­nait d’en bas, que cha­cun de­vait agir et prendre part au dé­bat. Il a beau­coup comp­té dans mon éveil po­li­tique. Tout comme ma mère, ins­ti­tu­trice. La pre­mière fois qu’elle a vu un ar­ticle sur moi dans « Va­ni­ty Fair », elle a dit que je n’étais qu’un « rouage du sys­tème ca­pi­ta­liste ». « Jason Bourne », par Paul Green­grass, en salles le 10 août.

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