Les re­cettes de Maître Houel­le­becq

HOUEL­LE­BECQ AUX FOUR­NEAUX, PAR JEAN-MARC QUARANTA, PLEIN JOUR, 332 P., 20,50 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - DA­VID CAVIGLIOLI

Que mange-t-on chez Mi­chel Houel­le­becq ? L’uni­ver­si­taire Jean-Marc Quaranta a eu la bonne idée d’ob­ser­ver l’au­teur de « Sou­mis­sion » « par la fe­nêtre de la cui­sine ». Il ré­vèle l’acui­té po­li­tique in­soup­çon­née de son ana­lyse des « pra­tiques ali­men­taires de la classe moyenne ». Deux cents plats sont men­tion­nés dans ses six ro­mans. Bien sûr, on pense tout de suite à la gas­tro­no­mie nor­ma­li­sée des ca­fé­té­rias d’en­tre­prise et aux « sur­ge­lés pour cé­li­ba­taires ». « D’une ba­na­li­té in­fi­nie, écrit Quaranta, ils in­carnent le sys­tème so­cial­dé­mo­crate » et son « goût de la stan­dar­di­sa­tion ». Mais les per­son­nages de Houel­le­becq ont sou­vent eu, dans leur en­fance, un « ap­pé­tit de vivre ». Ils sa­livent en pen­sant aux re­pas fa­mi­liaux d’an­tan, aux sou­pières dé­bor­dantes de ten­dresse, à l’« hon­nête cui­sine de mé­nage », sym­bole de ce « bon­heur tiède des vieux couples » que le li­bé­ra­lisme amou­reux a ha­ché me­nu. « On peut ha­bi­ter le monde sans le com­prendre, il su t de pou­voir ob­te­nir de la nour­ri­ture, des ca­resses et de l’amour », écri­til dans « Pla­te­forme », plus fleur bleue que cor­don-bleu. Dans « la Carte et le Ter­ri­toire », en­fin, il iro­nise sur le tou­risme de ter­roir, ce come-back fac­tice de l’au­then­ti­ci­té, signe que la France est cuite.

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