Van Gogh n’a pas été as­sas­si­né

AUX CONFINS DE LA FO­LIE. LA MA­LA­DIE DE VAN GOGH, JUS­QU’AU 25 SEP­TEMBRE, MU­SÉE VAN GOGH, AM­STER­DAM ; WWW.VANGOGHMUSEUM.NL. CA­TA­LOGUE DE L’EX­PO (VER­SION FRAN­ÇAISE), ÉD. FONDS MERCATOR, 178 P., 25 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS

Van Gogh s’est-il sui­ci­dé ou a-t-il été as­sas­si­né ? Autre ques­tion : dix-huit mois avant sa mort, dans quelles condi­tions s’est-il cou­pé l’oreille, le 23 dé­cembre 1888 ? Une autre en­core : de quelle forme de fo­lie sou rait-il ? Au­tant d’in­ter­ro­ga­tions qui, de­puis des an­nées, sus­citent une pro­duc­tion e ré­née de lit­té­ra­ture sans que l’on puisse vé­ri­ta­ble­ment dé­mê­ler réa­li­té et fan­tasmes. Avec Van Gogh comme avec Léo­nard de Vin­ci, même si on dé­bite des âne­ries, on est tou­jours as­su­ré de re­te­nir l’at­ten­tion. A Am­ster­dam, dans le mu­sée qui porte le nom du peintre, une ex­po­si­tion vient en­fin re­mettre les pen­dules à l’heure. Conçue sur le mode du dos­sier, elle réunit une ving­taine de ta­bleaux du maître réa­li­sés lors des der­niers mois de sa vie, des des­sins, des gra­vures, des pho­tos, des oeuvres de cer­tains de ses amis (Paul Gau­guin no­tam­ment) et un nombre im­por­tant de do­cu­ments. Par­mi ces der­niers, une lettre in­édite du doc­teur Fé­lix Rey, qui soi­gna le peintre à Arles. En­fouie dans l’une des bi­blio­thèques de l’uni­ver­si­té de Ber­ke­ley, cette mis­sive a été re­trou­vée ré­cem­ment : un des­sin tra­cé par le mé­de­cin montre que le geste du peintre fut sans pi­tié puis­qu’il se sec­tion­na toute l’oreille, ne lais­sant in­tact que son lobe. Exit donc les ver­sions ap­proxi­ma­tives se­lon les­quelles l’ar­tiste ne se se­rait que lé­gè­re­ment bles­sé.

Concer­nant la mort de Vincent, on ver­ra ici un re­vol­ver ron­gé par la rouille, qui a été re­trou­vé dans les an­nées 1960 dans le champ où le peintre s’est sui­ci­dé en 1890. Bien qu’il soit im­pos­sible d’éta­blir à coup sûr qu’il s’agit de l’arme du sui­cide, son ca­libre (7,65 mm) laisse de­vi­ner que ce pour­rait bien être le cas, la longue ago­nie de l’ar­tiste (trente heures) s’ex­pli­quant par la pe­tite taille du pro­jec­tile. Exit en­core les ré­cits qui pré­ten­daient que Van Gogh au­rait été tué par deux ado­les­cents du vil­lage d’Au­vers.

La ma­la­die en­fin : les très nom­breux do­cu­ments (re­gistres des hos­pices, lettres, etc.) té­moignent des condi­tions d’in­ter­ne­ment du peintre. Mais, là, le diag­nos­tic mé­di­cal fait dé­faut : les 14 et 15 sep­tembre pro­chain, un col­loque or­ga­ni­sé par le mu­sée réuni­ra des cher­cheurs de tous ho­ri­zons pour faire le point sur la ques­tion. En at­ten­dant, la vi­site de cette ex­po­si­tion conçue avec in­tel­li­gence s’im­pose. On y ver­ra quelques chefs-d’oeuvre – tel ce « Por­trait du doc­teur Rey » (ta­bleau prê­té par le mu­sée Pou­ch­kine) –, des ta­bleaux moins connus (comme ces deux por­traits de com­pa­gnons d’in­ter­ne­ment), de nom­breux des­sins (dont l’un, si­gné par le Dr Ga­chet, donne à voir Van Gogh sur son lit de mort). Et en­fin, ce fa­meux re­vol­ver à de­mi dé­truit, ves­tige dé­ri­soire qui al­lait faire sur­gir, dans le feu et la mort, la lé­gende de l’ar­tiste mau­dit.

« Ra­cines d’arbres ».

Le re­vol­ver avec le­quel le peintre se se­rait sui­ci­dé. Ci-des­sous :

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.