Scènes de la vie post-conju­gale

L’ÉCO­NO­MIE DU COUPLE, PAR JOA­CHIM LA­FOSSE. CO­MÉ­DIE DRA­MA­TIQUE FRAN­ÇAISE, AVEC BÉ­RÉ­NICE BE­JO, CÉ­DRIC KAHN, MARTHE KEL­LER (1H40).

L'Obs - - Critiques - PASCAL MÉRIGEAU

Ils se sont ai­més et pen­dant quinze an­nées ont vé­cu en­semble. Au­jourd’hui ils ne s’aiment plus, ne sont plus en­semble, et pour­tant vivent tou­jours sous le même toit. Si­tua­tion in­te­nable pour Ma­rie comme pour Bo­ris. Seule­ment voi­là, le se­cond n’en­tend pas re­non­cer à cette de­meure qu’il a en­tiè­re­ment ré­no­vée, et la pre­mière, dont l’ar­gent a payé l’ap­par­te­ment et les tra­vaux, re­fuse de lui ver­ser la somme qu’il de­mande pour par­tir. Pour le couple que, d’une cer­taine ma­nière, ils forment en­core, il n’est en ap­pa­rence plus ques­tion que d’éco­no­mie. D’au­tant que le conflit op­pose la bour­geoise et le pro­lo, po­lo­nais d’ori­gine.

Même si la porte ouvre sur un jar­din et, sur­tout, même s’il ne tient qu’à eux de mettre un terme à la si­tua­tion, c’est donc d’un huis clos qu’il s’agit, au­quel se trouvent as­so­ciés les deux fillettes du couple, la mère de Ma­rie et, le temps d’un dî­ner, quelques amis. Le sa­lon dans le­quel Bo­ris est condam­né à dor­mir est le théâtre de leurs a ron­te­ments : il s’agit bien d’une pièce qui se joue et que filme Joa­chim La­fosse. La mo­bi­li­té de la ca­mé­ra contra­rie un temps ce que la si­tua­tion peut avoir de sta­tique et de ré­pé­ti­tif, mais il re­vient aux in­ter­prètes d’as­su­rer l’es­sen­tiel, sur des dia­logues qui pa­raissent pour cer­tains pro­ve­nir des films hol­ly­woo­diens des an­nées 1970-1980, ten­dance « Kra­mer contre Kra­mer » (il est vrai que les ar­gu­ments échan­gés en pa­reille si­tua­tion peinent gé­né­ra­le­ment à se re­nou­ve­ler).

A ce jeu-là, Cé­dric Kahn (photo) se montre très à son avan­tage, des­cen­dant et re­mon­tant en vir­tuose une gamme plus éten­due que celle par­cou­rue par un scé­na­rio mé­dio­cre­ment in­ven­tif, qui s’en re­met presque ex­clu­si­ve­ment aux mots, pas as­sez au cinéma. Une des rares en­torses au cahier des charges pan­tou­flard que semblent s’être don­né les trois scé­na­ristes ouvre sur ce qui est pro­ba­ble­ment la plus belle scène du film, celle où les pe­tites filles in­citent leurs pa­rents à dan­ser en­semble. Une scène qui o re aus­si à Bé­ré­nice Be­jo (photo) de pa­raître se li­bé­rer en­fin, elle dont on at­tend en vain qu’elle fasse sauter les cou­tures trop vi­sibles d’un per­son­nage pri­son­nier de sa propre lo­gique (ce à quoi Marthe Kel­ler par­vient en re­vanche, par­faite dans le rôle de la mère). Et ce mo­ment en dit plus sur les per­son­nages que leurs mul­tiples échanges.

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