Usain Bolt

Comme tous les quatre ans de­puis 2008, l’homme le plus ra­pide du monde a rem­por­té le 100 mètres des jeux Olym­piques. Voi­ci les clés de son suc­cès

L'Obs - - Le Sommaire - GUR­VAN LE GUELLEC

1 FU­SÉE À RÉ­AC­TION Les mé­ta­phores qui l’as­so­cient à un en­gin à ré­ac­tion ne sont pas que des co­quet­te­ries. Sa mise en ac­tion rap­pelle celle de la fu­sée Ariane. Phase de pro­pul­sion lente, ac­cé­lé­ra­tion im­pa­rable à mi-course et der­niers mètres en gra­vi­ta­tion dans l’es­pace.

2 BROUSSE Usain Bolt, né en 1986, a gran­di dans la brousse ja­maï­caine, où les dis­trac­tions sont rares. Il pas­sait son temps à « rô­der, ex­plo­rer et cou­rir pieds nus dans la fo­rêt ». Char­gé par son père de rem­plir les ré­serves d’eau, il de­vait ali­gner les al­lers-re­tours jus­qu’à la ri­vière. Il a ain­si ac­quis un phy­sique d’Her­cule (1,95 mètre pour 94 ki­los) « sans ja­mais fré­quen­ter les salles de mus­cu­la­tion », ex­plique-t-il dans son au­to­bio­gra­phie (1).

3 PATATE DOUCE Fan de cri­cket, il n’avait pas d’ap­pé­tence par­ti­cu­lière pour le sprint, une religion en Ja­maïque. Pour le convaincre de se mettre sé­rieu­se­ment à cou­rir, il a fal­lu l’in­sis­tance de ses profs de sport, qui sur­ent l’ama­douer avec la pers­pec­tive d’un pa­nier gar­ni com­po­sé de « pou­let ma­ri­né, pa­tates douces rô­ties, riz et pois » en cas de vic­toire. Usain est gour­mand.

4 FESSÉE Son père, Wel­les­ley, usait du mar­ti­net. Ma­ni­fes­te­ment, il n’en a pas conser­vé un sou­ve­nir trop amer. « Ces fes­sées m’ont en­sei­gné la di érence entre le bien et le mal et ont fait de moi l’homme que je suis au­jourd’hui. » La né­ces­si­té de re­joindre le do­mi­cile fa­mi­lial avant le couvre-feu et les sanc­tions l’au­raient no­tam­ment ame­né à tra­vailler sa pointe de vi­tesse.

5 CA­RAÏBES Bolt est vis­cé­ra­le­ment at­ta­ché à son île ca­ri­béenne. C’est peut-être le se­cret de sa lon­gé­vi­té. A 17 ans, l’âge où nombre de sprin­ters ca­ri­béens se laissent ten­ter par les bourses d’étude à l’étran­ger, le jeune cham­pion du monde ju­nior fait le choix de res­ter au pays. Et de pro­gres­ser près des siens, au lieu d’être trans­for­mé en chair à ca­non dans les com­pé­ti­tions in­ter­uni­ver­si­taires amé­ri­caines.

6 GUÉRISSEUR(S) Sa co­lonne ver­té­brale en té­moigne : il sou re d’une sco­liose, à l’ori­gine de pé­pins phy­siques à ré­pé­ti­tion. Son pre­mier en­traî­neur lui im­po­sait des séances épui­santes. Le se­cond, Glen Mills, homme tout en ron­deur, a pris en compte ses dou­leurs chro­niques et concen­tré sa pré­pa­ra­tion sur l’ex­plo­si­vi­té. Usain est éga­le­ment un fi­dèle du Dr Mül­lerWohl­fahrt (pho­to), grand nom de la mé­de­cine spor­tive, ama­teur de mys­té­rieuses in­fil­tra­tions « ho­méo­pa­thiques ».

7 PARESSE C’est par paresse que le jeune spé­cia­liste du 200 s’est mis au 100 mètres, un an seule­ment avant son pre­mier sacre à Pé­kin. Coach Mills veut alors le rendre plus po­ly­va­lent. Et lui de­mande de tra­vailler le 400. Pour faire contre-feu, Bolt pro­pose de se lan­cer sur le 100. « C’était quitte ou double : la gloire sur 100 mètres ou la mort avec le 400 mètres. Ça m’a sur­mo­ti­vé. » A son pre­mier mee­ting, il sur­prend tout le monde en réa­li­sant 10 s 03.

8 GES­TUELLE Se dé­fi­nis­sant lui-même comme « très bien éle­vé », Usain Bolt n’a ja­mais pra­ti­qué les rou­le­ments d’épaules, long­temps à la mode chez les rois du sprint. Du geste de l’ar­cher à Londres aux bras en croix à Rio, hom­mage au Ch­rist du Cor­co­va­do, Usain a in­ven­té toute une ges­tuelle sym­pa­thique, qui lui a ra­pi­de­ment va­lu po­pu­la­ri­té et sou­tien in­con­di­tion­nel du pu­blic.

9 BOSSE DU BU­SI­NESS Dès ses 20 ans, il dé­cide de « ti­rer un max de sa car­rière ». « J’ima­gi­nais la voi­ture, des vê­te­ments, ce­la m’ai­dait à sup­por­ter la sou rance de l’en­traî­ne­ment. » Une fois de­ve­nu cé­lèbre, Bolt se plie aux contraintes du show-bu­si­ness. « Je sa­vais qu’il fal­lait que je cultive mon per­son­nage. Les spon­sors se di­saient : “Hum, ce gar­çon joue le jeu, pro­po­sons-lui un con­trat !” » Pa­ri réus­si : les re­ve­nus de Bolt sont es­ti­més au­jourd’hui à 30 mil­lions de dol­lars par an.

10 ET DIEU, ÉVI­DEM­MENT Bolt se signe au rythme d’une ma­trone na­po­li­taine. De­puis son ac­ci­dent de voi­ture, dont il ré­chap­pa mi­ra­cu­leu­se­ment en 2009, l’ath­lète en est per­sua­dé, « quel­qu’un » lui a sau­vé la vie. « Pas le concep­teur de mon air­bag, non, une puis­sance su­pé­rieure, Dieu tout-puis­sant. Il avait be­soin de moi. J’ai été choi­si pour de­ve­nir l’homme le plus ra­pide du monde. » Al­lé­luia. (1) « Plus ra­pide que l’éclair », Ar­thaud.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.