LA MODE POUR TOUS par So­phie Fon­ta­nel

Ou­blions les signes ex­té­rieurs de ri­chesse et va­lo­ri­sons plu­tôt un signe ex­té­rieur de co­ol… Main­te­nant!

L'Obs - - Le Sommaire - par SO­PHIE FON­TA­NEL

Votre ser­vi­teuse conti­nue son en­quête ha­ras­sante sur les vê­te­ments de va­cances. Nous al­lons au­jourd’hui tri­mer à vous ex­pli­quer com­ment on re­con­naît une femme vrai­ment chic au bord de la mer. Bon, d’ac­cord, la mis­sion est simple: la femme vrai­ment chic porte une liquette.

Rap­pe­lons, pour les igno­rants, ce qu’est ce vê­te­ment. C’est une sorte de che­mise longue, qui ar­rive aux ge­noux, à peu près (sous le ge­nou, c’est mieux). Ce vê­te­ment, bien que dé­tour­né l’été par les femmes, pro­vient du ves­tiaire mas­cu­lin. C’est tout bê­te­ment une che­mise de nuit pour homme. On en fai­sait beau­coup ja­dis, on en voit un peu moins main­te­nant. Les uti­li­sa­teurs l’as­sument très peu en pu­blic, sauf s’ils s’ap­pellent Gian­ni Agnel­li et que leur sou­rire pro­clame : « La mode, c’est moi qui la fais, bande de go­rets ». En plus, il est mort (Agnel­li).

Si­non, l’in­di­vi­du lamb­da se mé­fie de la liquette, et il a rai­son. Il faut sa­voir la por­ter, voire « l’em­por­ter ». Tou­te­fois, cet ha­bit est pas­sion­nant. Sur­tout à notre époque de sur­con­som­ma­tion. Par sa sim­pli­ci­té, par son dé­tour­ne­ment même, la liquette dit merde à la mode. C’est as­sez cu­lot­té de sa part car, croyez-moi, faut ru­de­ment bien la connaître, la mode, pour sa­voir pile quelle liquette se trou­ver.

Il y a des li­quettes pour­ries, vous vous en dou­tez bien. Des avec de la bro­de­rie des­sus. Ou bien des ma­chins in­diens mais pas les bons. Des trucs avec des pom­pons, des paillettes, bref tout un mer­dier que l’ele­gant­sia (cette branche peu connue de l’in­tel­li­gent­sia) ne sau­rait to­lé­rer. Le « Vogue » Ita­lie consacre ce mois-ci un ar­ticle à la nou­velle « élé­gance in­vi­sible », la seule vé­ri­table à notre époque. Eh bien, une belle liquette est un bon exemple de cette dis­cré­tion, de cette sim­pli­fi­ca­tion ex­trême de l’ha­bit. Hé­las! (ou heu­reu­se­ment) c’est comme dans tout : le truc fait pour pul­vé­ri­ser les codes en est tru é (de codes).

Les belles li­quettes ne courent pas les rues. Si on les veut pour pas cher, il faut al­ler en Grèce où la ver­sion rayée en bleu et blanc est qua­si une te­nue na­tio­nale. De 30 à 45 eu­ros. Si on a vrai­ment les moyens, il y a deux temples : l’un est la bou­tique Char­vet (dans les 380 eu­ros) avec ces li­quettes en po­pe­line de co­ton gla­cée, le tis­su dans le­quel on fait les che­mises sur me­sure. Et l’autre, c’est An­der­son & Shep­pard, à Londres (pho­to ci-contre). Aus­si cher que chez Char­vet.

Certes, un oeil exer­cé trou­ve­ra son bon­heur chez Za­ra et H&M, mais ce n’est pas du tout ga­gné d’avoir un oeil bien exer­cé et votre ser­vi­teuse ne peut pas col­ler à la cu­lotte de tous les lec­teurs de « l’Obs » pour les ai­der à ne pas se vau­trer. Tou­te­fois, je me de­mande si, à rai­son de 10 eu­ros par lec­teur, ce pe­tit ser­vice ne me fe­rait pas une gen­tille rente ? Ça me rem­bour­se­rait vite la liquette que vous voyez en pho­to. Euh, vous me dites si je vais trop loin en vou­lant ré­vo­lu­tion­ner le jour­na­lisme !

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