Frère Ro­bert et soeur De­bo­rah

DIEU SEUL LE SAIT, PAR JOHN HUSTON. CO­MÉ­DIE AMÉ­RI­CAINE, AVEC DE­BO­RAH KERR, RO­BERT MITCHUM (1957, 1H46).

L'Obs - - Critiques - P. M.

Une dou­zaine d’an­nées avant que le ma­rine Lee Mar­vin ne ren­contre sur une île du Pa­ci­fique dé­serte le sol­dat To­shi­ro Mi­fune (« Duel dans le Pa­ci­fique », de John Boor­man), Ro­bert Mitchum (pho­to) avait eu plus de chance : dans « Dieu seul le sait », il connaît la bénédiction de dé­cou­vrir en De­bo­rah Kerr (pho­to) la seule âme qui vive en­core sur un îlot tro­pi­cal. Seule­ment voi­là, la blonde jeune femme se fait ap­pe­ler dé­sor­mais soeur An­ge­la, et, si elle n’a pas en­core pro­non­cé ses voeux, c’est tout comme. Entre le cos­taud et la frêle re­li­gieuse, au fil des jours, l’amour naî­tra, mais un amour qui, sans doute, ne peut s’épa­nouir et que, même, nul ne peut dé­si­gner sous ce nom. La dis­tance ob­ser­vée par Mitchum à l’égard de son per­son­nage, de sa ma­nière de le jouer et du film lui-même (un des as­pects es­sen­tiels de sa per­son­na­li­té d’ac­teur) s’ac­corde par­fai­te­ment à la can­deur a chée, avec une grâce in­fi­nie, par sa par­te­naire et à l’or­gueilleuse iro­nie hus­to­nienne. Entre le ca­po­ral Har­ri­son, qui d’un point à un autre ne connaît qu’un che­min, et la nonne trou­blée au point de craindre de cha­vi­rer, seul le ciel sau­ra ce qui s’est pas­sé réel­le­ment, ain­si que l’in­dique le titre ori­gi­nal (« Hea­ven Knows, Mr. Har­ri­son »). Seul le ciel, oui, et le spec­ta­teur aus­si, té­moin cap­ti­vé de cette ren­contre entre mer et sable.

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