HU­MEUR

L'Obs - - Critiques - PAR JÉ­RÔME GAR­CIN J. G.

On sa­vait que lire, c’est mieux vivre. On ap­prend au­jourd’hui que lire, c’est aus­si vivre plus long­temps. Au­tre­ment dit, ne pas lire, c’est mou­rir plus tôt. Les cher­cheurs de l’uni­ver­si­té Yale (Etats-Unis) viennent en ef­fet de dé­mon­trer que si l’on consacre trente mi­nutes quo­ti­diennes à la lec­ture, ou trois heures trente par se­maine, on aug­mente, outre son ca­pi­tal cog­ni­tif, son es­pé­rance de vie de 23% sur douze ans. Cette ana­lyse, ob­te­nue à par­tir des té­moi­gnages de 3 635 per­sonnes âgées de plus de 50 ans, pré­cise bien l’ob­jet de leurs lec­tures : il s’agit de livres, de pré­fé­rence épais, et non de ma­ga­zines. Qu’on nous com­prenne bien : pour vieillir en bonne san­té, il ne faut pas ces­ser de sa­vou­rer « l’Obs », il faut seule­ment dé­vo­rer plus de bou­quins (comme le fai­sait au­tre­fois si jo­li­ment, sur une af­fiche pu­bli­ci­taire, Gé­rard Phi­lipe, qui dé­chi­que­tait à pleines dents, et en sou­riant, les pages d’un clas­sique). On s’étonne pour­tant que per­sonne n’ait re­mar­qué la conco­mi­tance entre la pu­bli­ca­tion de cette étude amé­ri­caine et l’ou­ver­ture, en France, de la ren­trée lit­té­raire, riche de 560 nou­veaux ro­mans – de quoi faire une maxi-cure de jou­vence. A croire que nos édi­teurs ont com­man­di­té et sub­ven­tion­né l’en­quête de Yale afin de mieux vendre leur pro­duc­tion et ama­douer les cri­tiques. Car même en li­sant les in­di­gestes Laurent Gau­dé, Eric-Em­ma­nuel Sch­mitt ou Yas­mi­na Kha­dra, même en in­gur­gi­tant les 576 pages des « Pa­ri­siens », d’Oli­vier Py (Actes Sud), on a une chance sup­plé­men­taire de fi­nir cen­te­naire. C’est dire aus­si, pour une bonne hy­giène, le prix à payer.

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