At­ten­tion, chef-d’oeuvre

BOU­LE­VARD DU CRÉ­PUS­CULE, PAR BILLY WIL­DER. DRAME AMÉ­RI­CAIN, AVEC WILLIAM HOL­DEN, GLO­RIA SWAN­SON, ERICH VON STROHEIM (1950, 1H55).

L'Obs - - Critiques - P. M.

LE film sur Hol­ly­wood ? Oui, sans au­cun doute. Un scé­na­riste à la ra­masse (William Hol­den) de­vient gi­go­lo au­près de vieilles gloires. Nor­ma Des­mond (Glo­ria Swan­son, pho­to) est une star du muet ou­bliée de tous. Max von Mayer­ling (Erich von Stroheim, à gauche pho­to), son met­teur en scène et ma­ri d’hier, est au­jourd’hui son ma­jor­dome. (Le­quel Stroheim di­ri­gea ja­dis Swan­son dans « Queen Kel­ly », ce fut même le film qui mar­qua la fin de sa car­rière de ci­néaste, et ce sont bien des scènes de « Queen Kel­ly » que Nor­ma se fait pro­je­ter par Max.) Des fan­tômes, voi­là ce que sont Nor­ma et Max, voi­là ce que sont ses rares in­vi­tés oc­ca­sion­nels, dont Bus­ter Kea­ton en fi­gure de cire. Et les fan­tômes fi­ni­ront par dé­vo­rer le jeune homme, dont la course s’achè­ve­ra dans une pis­cine pa­reille à celle qu’il rê­vait de pos­sé­der. « Sun­set Bou­le­vard », ce n’est pas seule­ment Hol­ly­wood, c’est aus­si l’amour non par­ta­gé, l’am­bi­tion, le men­songe, le vieillis­se­ment, c’est toute la cruau­té du monde, pas­sée au filtre de l’iro­nie et de la ten­dresse de Billy Wil­der. Les scènes qui font se ren­con­trer Glo­ria Swan­son et Ce­cil B. DeMille (dans son propre rôle) sont ver­ti­gi­neuses. Le fi­nale laisse sans voix. « Sun­set Bou­le­vard » est un chef-d’oeuvre ab­so­lu, dont de mul­tiples vi­sions ne par­viennent pas à épui­ser la ri­chesse ex­tra­or­di­naire.

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