Les tri­bunes de Mar­tine Au­bry, Jean-Luc Mé­len­chon, Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem, Laurent Ber­ger, Thier­ry Bre­ton…

Comment évi­ter la vic­toire de Ma­rine Le Pen ? C’est la ques­tion que “l’Obs” a po­sée à des per­son­na­li­tés du monde po­li­tique et éco­no­mique

L'Obs - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par CÉ­CILE AMAR

n otre pre­mier de­voir est la fi­dé­li­té à nos va­leurs et à notre his­toire. Ar­rê­tons de spé­cu­ler sur la soi-di­sant droi­ti­sa­tion de la société que nous de­vrions ac­com­pa­gner, ces­sons d’éri­ger des murs entre une pré­ten­due gauche de gou­ver­ne­ment et une autre qui ne le se­rait pas, ré­cu­sons les pro­cès en ar­chaïsme que porte la droite contre nous, soyons fiers de nos va­leurs !

Notre mis­sion à gauche, c’est d’être les com­bat­tants de l’éga­li­té sans la­quelle il n’y a pas de li­ber­té ac­com­plie. C’est être les pro­mo­teurs de l’Etat so­cial et de ré­gu­la­tion sans les­quelles l’éga­li­té n’est pas réelle. C’est être bâ­tis­seurs d’une éco­no­mie so­ciale et éco­lo­gique de mar­ché so­lide sans la­quelle il n’est pas d’Etat so­cial du­rable. C’est por­ter haut l’éman­ci­pa­tion, la créa­tion, la culture, la so­li­da­ri­té, qui consti­tuent les gé­né­ra­tions, tracent les époques et des­sinent l’hu­ma­ni­té.

Ceux qui pensent que dé­sor­mais l’iden­ti­té de­vrait sup­plan­ter l’éga­li­té se trompent.Ce n’est ni notre mis­sion, ni une bonne ré­ponse à un ma­laise, qui, lui, est réel. Dis­ser­ter à l’in­fi­ni, comme le font l’ex­trême droite et cer­tains à droite, sur la com­pa­ti­bi­li­té de tel ou tel avec la Ré­pu­blique, glo­ser sur les mé­rites de l’as­si­mi­la­tion plu­tôt que de l’in­té­gra­tion, c’est pen­ser la na­tion comme une com­mu­nau­té d’ori­gines. La France est une com­mu­nau­té de va­leurs et de des­tins : nous unir au­tour de nos va­leurs et tra­cer ce des­tin com­mun, voi­là comment ré­pondre à la ques­tion iden­ti­taire en étant à la hau­teur !

Notre deuxième de­voir est de faire re­naître l’es­poir. Notre pays est en plein doute, il a be­soin de re­trou­ver confiance en lui. J’ai exer­cé de nom­breuses res­pon­sa­bi­li­tés, je connais bien la France. Je n’ignore rien de ses fai­blesses ni des freins à l’ac­tion pu­blique, mais je connais aus­si ses forces. Ter­ro­risme, ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, fi­nan­cia­ri­sa­tion, mon­dia­li­sa­tion, dé­lo­ca­li­sa­tions, ubé­ri­sa­tion ga­lo­pante, frac­ture ter­ri­to­riale, dé­fiance dé­mo­cra­tique, je connais les me­naces. Mais je sais que nous pou­vons les sur­mon­ter.

Nous de­vrons par­ler de notre bi­lan : ex­pli­quer les dif­fi­cul­tés ren­con­trées, dé­fendre les pro­grès réa­li­sés et les réus­sites, mais aus­si re­con­naître les er­reurs.

Les dis­cours ne suf­fi­ront pas à convaincre les Fran­çais. Il fau­dra être por­teurs de pro­po­si­tions in­no­vantes, fortes et cré­dibles, ins­crites dans une vi­sion claire. Celle d’une école qui de­vra ré­ta­blir l’éga­li­té des pos­sibles en don­nant à cha­cun les moyens d’al­ler au plus haut. Celle d’une Ré­pu­blique qui sau­ra ré­ar­ri­mer à elle les ter­ri­toires de re­lé­ga­tion. Celle d’une dé­mo­cra­tie pous­sée tou­jours plus avant et in­clu­sive. Celle d’une Eu­rope re­fon­dée à par­tir d’un pre­mier cercle de pays qui ac­cep­te­ront de par­ta­ger la fis­ca­li­té du ca­pi­tal pour évi­ter le dum­ping so­cial, de re­lan­cer l’éco­no­mie pour tour­ner le dos à l’aus­té­ri­té, de mu­tua­li­ser les dettes pour res­tau­rer la sou­ve­rai­ne­té des Etats en ma­tière d’em­prunt. Celle d’une éco­no­mie avec comme maîtres mots la coo­pé­ra­tion plus que la com­pé­ti­tion, le sou­ci du long terme plus que la ty­ran­nie du court terme, le dé­ve­lop­pe­ment du­rable, le risque, l’in­ves­tis­se­ment et l’em­ploi plu­tôt que la rente, et la sé­cu­ri­té plu­tôt que la flexi­bi­li­té pour les sa­la­riés mais aus­si les ar­ti­sans, les com­mer­çants, et les nou­velles formes de tra­vail du nu­mé­rique. Là est la vraie mo­der­ni­té.

Notre troi­sième de­voir est d’être por­teurs d’un mes­sage de fra­ter­ni­té.La Ré­pu­blique, de­puis la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, c’est l’at­ten­tion à cha­cun, dont la li­ber­té et l’éga­li­té sont les fon­de­ments. Mais c’est aus­si l’at­ten­tion aux autres qui s’in­carne dans ce beau mot de « fra­ter­ni­té » ins­crit dans notre de­vise. Long­temps hors du champ po­li­tique : c’était l’af­faire de la fa­mille, des re­li­gions, du syn­di­cat. Dans une société laïque, c’est l’af­faire du po­li­tique. Don­ner le sens du com­mun. Re­trou­ver le goût des autres. Res­pec­ter les règles. Ou­vrir sa porte. Tendre la main. N’ayons pas peur d’as­su­mer l’ac­cueil des ré­fu­giés. L’hu­ma­ni­té ne mé­rite pas le nom d’hu­ma­ni­té si elle dé­tourne le re­gard lorsque des mil­liers de vies hu­maines sont bri­sées sur les ri­vages de Mé­di­ter­ra­née.

MAR­TINE AU­BRY MAIRE DE LILLE (PS)

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