Egan à elle-même

L'Obs - - Critiques - DA­VID CAVIGLIOLI

Un pe­tit chef-d’oeuvre, très amé­ri­cain. Il s’ouvre par un cha­pitre qui vous place im­pec­ca­ble­ment tous les per­son­nages et les en­jeux du livre. C’est du mé­ta­nar­ra­tif : on y trouve un ré­cit dans le ré­cit dans le ré­cit, et des my­riades de ré­cits en­châs­sés dans tous ces sous-ré­cits. L’his­toire : deux cou­sins au pas­sé trouble re­tapent un châ­teau en Eu­rope de l’Est (per­sonne ne sait s’il est en Al­le­magne, en Au­triche ou en Ré­pu­blique tchèque), pour en faire un hô­tel thé­ma­tique. Leur his­toire est ra­con­tée par un troi­sième bon­homme, dans un ate­lier d’écri­ture lui aus­si très amé­ri­cain, or­ga­ni­sé dans une pri­son, si bien que ce nar­ra­teur mal­hon­nête est sus­pect de dé­for­mer l’his­toire, et que son quo­ti­dien de tau­lard de­vient lui aus­si un en­jeu du ré­cit. Mais le ro­man, ma­chine com­plexe en­cap­su­lée dans un texte as­sez court, est d’une lim­pi­di­té ma­gné­tique. Jen­ni­fer Egan (pho­to), dis­ciple de Da­vid Fos­ter Wal­lace, par­vient à ré­veiller la tra­di­tion du post­mo­der­nisme amé­ri­cain, sans nous in­fli­ger un de ces pa­vés à la Pyn­chon, faus­se­ment la­by­rin­thiques mais vrai­ment en­nuyeux.

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