Pi­toi­set re­prend (mal) Brecht

LA RÉSISTIBLE AS­CEN­SION D’ARTURO UI, DE BER­TOLT BRECHT. JUS­QU’AU 27 NO­VEMBRE, LES GÉ­MEAUX, SCEAUX (92), RENS. : 01-46-61-36-67. PUIS EN TOUR­NÉE.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

Do­mi­nique Pi­toi­set dit avoir mon­té la pièce pour contrer les po­pu­lismes ac­tuels. Ce n’est pas avec ce spec­tacle qu’il y par­vien­dra. Pour trois rai­sons. Pri­mo, par la faute de l’au­teur. En fai­sant de Hit­ler un pe­tit gang­ster sans en­ver­gure qui ra­ckette les mar­chands de choux-fleurs en gros dans le Chi­ca­go de la pro­hi­bi­tion, Brecht mi­ni­mise l’am­pleur et la gra­vi­té du fléau na­zi. Et en ne di­sant mot du re­van­chisme et de l’an­ti­sé­mi­tisme qui fer­men­taient alors en Al­le­magne, en lais­sant croire en bon mar­xiste que le peuple n’est pour rien dans l’ac­ces­sion de Hit­ler au pou­voir, il fal­si­fie l’His­toire. Se­cun­do, pour rap­pro­cher la pièce du pu­blic d’au­jourd’hui, Pi­toi­set mé­lange les lieux et les époques. On ne sait plus si on est aux Etats-Unis dans les an­nées 1930 ou dans l’Al­le­magne et la France de 2016, la fable de­vient confuse. Ter­tio, en pré­sen­tant dès le dé­but Arturo Ui comme un gros caïd, Pi­toi­set bloque le mou­ve­ment de la pièce. Une as­cen­sion sup­pose une évo­lu­tion. Ici, après la scène où Arturo Ui prend d’un ac­teur une le­çon de main­tien, il se com­porte de la même fa­çon qu’avant. Comme si les conseils n’avaient pas por­té. Dom­mage car le spec­tacle est dé­fen­du par une brillante dis­tri­bu­tion : Da­niel Mar­tin, Her­vé Briaux et bien sûr Phi­lippe Tor­re­ton, ef­frayant de bru­ta­li­té… Le cou­plé Pi­toi­set-Tor­re­ton ne ré­édite mal­heu­reu­se­ment pas l’ex­ploit de « Cy­ra­no de Ber­ge­rac ».

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