“L’AMI VLA­DI­MIR”

Pour Fran­çois Fillon, Pou­tine re­pré­sente cet homme pro­vi­den­tiel cher aux droites au­to­ri­taires, bou­clier d’un Oc­ci­dent chré­tien as­sié­gé

L'Obs - - En Couverture - Par SA­RA DA­NIEL

Les Ré­pu­bli­cains fran­çais ont re­joint la coa­li­tion russe ! » se ré­jouis­sait le quo­ti­dien « Ne­za­vis­si­maïa Ga­ze­ta » à l’an­nonce du score de Fran­çois Fillon. Car, après l’élec­tion du nou­veau pré­sident des Etats-Unis, Do­nald Trump, la vic­toire de l’ex-Pre­mier mi­nistre de Sar­ko­zy au pre­mier tour de la pri­maire de la droite est la deuxième très bonne nou­velle de l’an­née pour Pou­tine. Fillon est un vé­ri­table « ami » de la « dé­mo­cra­ture » russe et de son lea­der. « C’est par notre dia­logue, cher Vla­di­mir, que pas­se­ra la paix » en Sy­rie, avait as­su­ré Fran­çois Fillon lors de la ren­contre du Club Val­daï, en sep­tembre 2013, à Sot­chi, au cours de ce ren­dez-vous an­nuel du soft po­wer russe. Pour Fillon, Pou­tine semble bien re­pré­sen­ter cet homme pro­vi­den­tiel cher aux droites au­to­ri­taires, bou­clier de l’Oc­ci­dent chré­tien as­sié­gé.

D’ou vient l’ad­mi­ra­tion du re­pré­sen­tant de la droite tra­di­tion­nelle fran­çaise pour ce lea­der ma­cho qui ne s’em­bar­rasse pas de scru­pules dé­mo­cra­tiques? Elle semble prendre sa source dans une real­po­li­tik illu­soire qui s’ar­ti­cule au­tour de trois prin­cipes.

UN GAULLISME SIMPLISTE

Dans ses rap­ports avec la Rus­sie, Fran­çois Fillon pour­suit la ligne de la po­li­tique gaul­liste, dans son in­ter­pré­ta­tion la plus simpliste : pour ma­ni­fes­ter son in­dé­pen­dance vis-à-vis des Amé­ri­cains, il faut se concilier les bonnes grâces de Mos­cou. L’homme po­li­tique fran­çais était par­ti­san de la li­vrai­son des na­vires Mis­tral à Mos­cou, tout comme il l’est de la le­vée des sanc­tions eu­ro­péennes ap­pli­quées en ré­ac­tion à l’an­nexion de la Cri­mée par la Rus­sie en mars 2014. Fran­çois Fillon dé­nonce aus­si les ac­cords de Minsk, si­gnés par An­ge­la Mer­kel et Fran­çois Hol­lande avec le Krem­lin pour mettre fin au con­flit dans l’est de l’Ukraine. Se­lon lui, les Etats-Unis ont en­traî­né l’Eu­rope dans leur vi­sion idéo­lo­gique de la crise ukrai­nienne. Reste que les dé­cla­ra­tions du nou­veau pré­sident amé­ri­cain sur la Rus­sie changent la donne. Et Fillon ne pour­ra plus in­vo­quer les po­si­tions an­ti­at­lan­tistes du gé­né­ral de Gaulle pour jus­ti­fier sa vo­lon­té de se rap­pro­cher de Mos­cou.

LES EN­NE­MIS DE MES EN­NE­MIS SONT MES AMIS

« Quand il s’est agi de com­battre le na­zisme, nous n’avons pas hé­si­té à nous al­lier avec Sta­line », rap­pelle le can­di­dat qui a ré­di­gé un livre pro­gram­ma­tique sur la lutte contre Daech. Dans « Vaincre le to­ta­li­ta­risme is­la­mique », pu­blié deux mois après l’at­ten­tat de Nice et l’as­sas­si­nat du père Ha­mel, l’ex-Pre­mier mi­nistre écrit : « Com­bien de morts fau­dra-t-il en­core su­bir avant de com­prendre qu’il ne s’agit plus de ter­ro­risme mais d’une nou­velle forme de guerre mon­diale ? » Or ses al­liés de choix pour vaincre ce to­ta­li­ta­risme is­la­mique ne sont autres que Vla­di­mir Pou­tine et Ba­char al-As­sad. Un pa­ra­doxe quant on sait que les bom­bar­de­ments russes de­puis un an n’ont vi­sé Daech que de ma­nière mar­gi­nale : le choix des cibles a mon­tré que l’ob­jec­tif de Mos­cou était bien de pro­té­ger la zone alaouite, la Sy­rie « utile » et les in­té­rêts stra­té­giques russes.

LA CHRÉTIENTÉ EN DAN­GER

Em­pê­trées dans leur droit-de-l’hom­misme, les dé­mo­cra­ties oc­ci­den­tales ne peuvent dé­fendre leurs va­leurs chré­tiennes en dan­ger de­vant la mon­tée de l’is­lam ra­di­cal, ana­lyse l’an­cien Pre­mier mi­nistre fran­çais. Vla­di­mir Pou­tine, lui, peut jouer le rôle de bou­clier de l’Oc­ci­dent chré­tien. Quant à Ba­char al-As­sad, il se­rait, mal­gré les exac­tions qu’il com­met contre sa po­pu­la­tion, le ga­rant de la sur­vie des chré­tiens d’Orient. Ces der­niers « savent qu’en cas de chute du ré­gime ce sont les sun­nites qui prennent le pou­voir, et si les sun­nites prennent le pou­voir, pour les chré­tiens, c’est la va­lise ou le cer­cueil », a ana­ly­sé Fillon lors du der­nier dé­bat de la pri­maire.

“C’EST PAR NOTRE DIA­LOGUE, CHER VLA­DI­MIR, QUE PAS­SE­RA LA PAIX.” FRAN­ÇOIS FILLON

Le pré­sident russe re­çoit Fran­çois Fillon dans sa ré­si­dence de No­vo Oga­re­vo en 2013.

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