Z comme Za­mir

AN­GUILLE SOUS ROCHE, PAR ALI ZA­MIR, LE TRIPODE, 320 P., 19 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - GRÉ­GOIRE LE­MÉ­NA­GER

Il n’y a pas que dans la Mé­di­ter­ra­née, hé­las, que des hu­mains se noient parce que l’hu­ma­ni­té s’est in­ven­té des fron­tières. Dans l’océan In­dien, quelque part entre les Co­mores (pho­to) et Mayotte, une jeune femme coule et donne une der­nière fois de la voix. C’est An­guille. Pen­dant qu’elle est « gi­flée et ta­bas­sée par des vagues cy­clo­péennes en fu­rie », ses phrases se bous­culent, sans point, dans un ly­risme abrupt qui mixe tous les re­gistres de langue et fe­rait sans doute, dans la bouche d’une grande co­mé­dienne, un puis­sant mo­no­logue de théâtre. Il y est à la fois ques­tion de la du­pli­ci­té des hommes et du ma­chisme or­di­naire, d’une pau­vre­té qui contraint à em­bar­quer chaque jour pour la pêche en se ré­pé­tant qu’« un ma­rin n’a rien à perdre », et de tout ce qui peut pous­ser une fille ai­mant pas­sion­né­ment la vie à ris­quer sa peau sur un « es­quif in­tré­pide » sur­char­gé de gens comme elle. A 27 ans, le Co­mo­rien Ali Za­mir signe avec « An­guille sous roche » un pre­mier ro­man cin­glant sur ce qui se passe à la porte du plus jeune dé­par­te­ment fran­çais.

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