MELENCHON

En­tre­tien ex­clu­sif

L'Obs - - La Une - Pro­pos re­cueillis par CÉ­CILE AMAR, MAT­THIEU ARON, CAROLE BARJON, MAT­THIEU CROISSANDEAU et JULIEN MAR­TIN

Comment ré­agis­sez-vous à la dé­si­gna­tion de Fran­çois Fillon comme can­di­dat de la droite à la pré­si­den­tielle ?

Je ne suis pas éba­hi que des mil­lions d’élec­teurs viennent vo­ter à cette pri­maire. Je sais que la droite est une réa­li­té très en­ra­ci­née en France. Elle est tout aus­si di­verse que la gauche. En fait, tout l’es­pace po­li­tique est per­cu­té par la pré­ca­ri­sa­tion du champ so­cial. Fillon a su do­mi­ner une droite dis­per­sée en s’ap­puyant sur ceux qui étaient les plus dé­ter­mi­nés idéo­lo­gi­que­ment. Sa vic­toire vient d’une dy­na­mique : celle de la Ma­nif pour tous. Dans le trouble, les plus mo­ti­vés en­traînent les autres. Lio­nel Jos­pin avait ga­gné les lé­gis­la­tives en 1997, por­té par les ac­teurs des grèves de 1995 contre Jup­pé. Moi, je suis haut dans les son­dages parce qu’il y a eu le mou­ve­ment contre la loi El Khomri. L’élec­tion pré­si­den­tielle de 2017 a lieu dans un pays en ébul­li­tion. Elle est donc très ou­verte.

En tout cas, pour cette pri­maire de la droite, ce ne sont pas les son­dages qui ont fait l’élec­tion. Con­trai­re­ment à ce que vous aviez pré­vu…

En ef­fet. Mais c’est l’usur­pa­tion qui a mo­de­lé la dé­ci­sion. Des gens de gauche sont al­lés vo­ter à une pri­maire de droite… A pré­sent un can­di­dat de la pri­maire de gauche ap­pelle la droite à ve­nir l’ai­der à battre le pré­sident qu’il a fait élire! Après l’ère des can­di­dats cy­niques, voi­ci celle des élec­teurs clan­des­tins. La pri­maire est une école du vice.

A gauche aus­si ?

Mais oui ! Le PS a dé­ci­dé de ne plus écrire le pro­gramme de son can­di­dat. Mais ses cham­pions sont à des an­nées-lu­mière les uns des autres. Quel vain­queur pour­rait com­bler ces fos­sés creu­sés de­puis si long­temps? A l’in­verse, pour­quoi prendre part à une dé­si­gna­tion dont on n’en­dosse pas le ré­sul­tat? La loyau­té exige donc que je n’y aille pas. Nous sommes à l’ère du peuple, une grande masse hu­maine déso­rien­tée pour qui les mots du pas­sé sont de­ve­nus sus­pects. Ni Mon­te­bourg ni Valls ne peuvent cris­tal­li­ser une co­hé­rence po­pu­laire en trois se­maines de pri­maire. Le ré­sul­tat va ag­gra­ver la confu­sion. De mon cô­té, j’ai construit un socle de longue main.

Les com­mu­nistes ont dé­ci­dé de vous sou­te­nir, c’est un ren­fort bien­ve­nu?

Bien sûr. Ils agissent en pleine sou­ve­rai­ne­té. Ils le font sans condi­tion ni né­go­cia­tion! C’est donc une res­pon­sa­bi­li­té pour moi. Il faut que cha­cun se sente à l’aise dans le com­bat com­mun.

Vous vous pré­sen­tez en de­hors de la pri­maire, mais vous ne pré­ten­dez quand même pas réus­sir seul, au se­cond tour de la pré­si­den­tielle? Il vous fau­dra bien des al­liés…

Bien sûr! Le vote du pre­mier tour se­ra le juge de paix. Je tends la main. Bien­ve­nue à qui vou­dra prendre sa part du tra­vail à mes cô­tés. Il faut re­cons­truire une vie com­mune. Au­tre­fois, mal­gré les dif­fé­rences de sen­si­bi­li­té, il y avait un af­fect com­mun. C’est fi­ni. Le « hollandisme » a fait ex­plo­ser notre fa­mille de l’in­té­rieur. Alors, d’une cer­taine fa­çon, je suis presque de­ve­nu le point fixe ras­su­rant [sou­rire]. Parce que mon en­ga­ge­ment po­li­tique porte un mes­sage qua­si on­to­lo­gique; parce que je suis co­hé­rent, comme mes livres et mon pro­gramme le montrent. Alors ils sont dé­jà nom­breux au coeur de la vieille mai­son à me contac­ter et à me con­sul­ter. J’en suis tou­ché. Quand je les ai quit­tés, après tant d’an­nées vé­cues en­semble, pas un ne m’avait té­lé­pho­né !

Que dites-vous aux sym­pa­thi­sants du PS ?

Nous par­ta­geons une fa­çon de voir le monde. Nous nous sen­tons res­pon­sables de ce qui se passe au­tour de nous en nous sa­chant liés aux autres. La so­li­da­ri­té, c’est très pré­ci­sé­ment ce qui nous dis­tingue des li­bé­raux pour qui le « cha­cun pour soi » com­mande. Alors, oui, le mo­ment ve­nu, on de­vra ab­so­lu­ment s’en­tendre. Mais le peuple doit dire quel pro­gramme est au centre de gra­vi­té.

Et où est-il se­lon vous ?e

Hors des mo­dèles du xx siècle. Je pro­pose une tout autre co­hé­rence, fon­dée sur la tran­si­tion éco­lo­gique de l’éco­no­mie. C’est mon fil conduc­teur pour ré­gler à la fois la ques­tion so­ciale et la me­nace mor­telle qui pèse sur notre éco­sys­tème. Le pro­jet d’éman­ci­pa­tion hu­maine doit se re­for­mu­ler dans la maî­trise du rap­port à la na­ture. C’est un pro­jet hu­ma­niste glo­bal. Il faut le dé­cli­ner dans l’éco­no­mie et sor­tir au plus vite de « l’offre crée la de­mande ». Jean-Bap­tiste Say, c’est le xixe siècle ! Pro­duire n’im­porte quoi, n’im­porte comment, et as­sou­vir des dé­si­rs ma­ni­pu­lés, c’est le ni­veau zé­ro de la ci­vi­li­sa­tion hu­maine! Une éco­no­mie mo­derne a be­soin d’un faible ni­veau d’iné­ga­li­tés so­ciales et d’un mo­teur d’ac­ti­vi­té qui en­traîne le reste. Aux Etats-Unis, ce mo­teur, c’est l’in­dus­trie de l’ar­me­ment et la planche à billets. Chez nous, ce de­vrait être l’éco­no­mie de la mer. Notre po­ten­tiel est ce­lui du deuxième ter­ri­toire ma­ri­time du monde. D’abord pour l’éner­gie, en­suite pour l’agri­cul­ture et les bio­tech­no­lo­gies, les nou­veaux ma­té­riaux. Maî­tri­ser notre en­trée en mer, c’est aus­si re­pen­ser tout l’amont, à terre. C’est toute la chaîne de pro­duc­tion, d’échange et de consom­ma­tion que nous de­vons ré­or­ga­ni­ser. D’au­tant que les autres dé­fis trouvent là leur so­lu­tion. Comme la sor­tie du nu­cléaire!

Vous sou­hai­tez une éner­gie sans nu­cléaire pour 2050. Comment vous y pren­drez-vous ?

Oui, 100% re­nou­ve­lable. C’est une affaire de pla­ni­fi­ca­tion. Il y faut une dé­ter­mi­na­tion sans faille. Le nu­cléaire, c’est dan­ge­reux. La cen­trale de Fes­sen­heim est un dan­ger pu­blic. Il faut la fer­mer d’ur­gence.

Mais le coût pour dé­man­te­ler les cen­trales est consi­dé­rable. Pen­sez-vous y ar­ri­ver sans faire ex­plo­ser les fac­tures d’élec­tri­ci­té ?

Le coût ne jus­ti­fie pas l’aber­ra­tion ! Ce n’est pas sé­rieux ! L’élec­tri­ci­té coû­te­ra moins cher ! Ce qui va coû­ter cher, c’est de dé­man­te­ler les cen­trales. Mais pour­quoi les usa­gers le paie­raient-ils ? Ce qui compte, c’est que c’est dan­ge­reux !! Dan­ge­reux ! Et le pro­blème est qu’on ne sait même pas vrai­ment dé­man­te­ler les cen­trales. L’ar­gent, on s’en dé­brouille, plaie d’ar­gent n’est pas éter­nelle comme une pol­lu­tion nu­cléaire.

Et comment fait-on pour fi­nan­cer un tel chan­tier?

Il y a bien des op­tions. Mais on peut avoir un sys­tème

pu­blic glo­bal de pro­duc­tion de l’éner­gie pre­nant en charge la dé­pense. Le cré­dit est alors simple à trou­ver même dans le modèle ac­tuel ! Si au­jourd’hui je pro­po­sais un taux de 1%, je trou­ve­rais fa­ci­le­ment ache­teur, y com­pris dans les fonds de pen­sion mon­diaux, qui ne savent pas où pla­cer leur ar­gent car les taux sont né­ga­tifs et la pro­duc­tion atone.

Concer­nant le rem­bour­se­ment de la dette, vous dites qu’une par­tie est illé­gi­time…

Exac­te­ment. Il faut d’abord faire un au­dit pour sa­voir ce qu’on est en train de payer. At­tac a fait ce tra­vail : 50% de la dette se­rait illé­gi­time. C’est ce qu’il faut re­gar­der de plus près. Une com­mis­sion d’en­quête par­le­men­taire s’en oc­cu­pe­ra. En­suite vien­dra le pro­ces­sus de sanc­tion des cou­pables et de re­né­go­cia­tion.

Mais l’Union eu­ro­péenne et le FMI vont sif­fler la France…

Je ne crois pas qu’ils sif­fle­ront bien fort!

Ils ont sif­flé la Grèce…

La Grèce, c’est 2% de l’éco­no­mie eu­ro­péenne, 320 mil­liards de dette. Nous, c’est 18% et 2000 mil­liards. Tout le monde sait que la dette grecque ne se­ra ja­mais payée, la dette es­pa­gnole non plus et la dette fran­çaise pa­reille­ment! Il fau­dra donc bien par­ler entre gens rai­son­nables, un jour. Des moyens tech­niques existent : on peut, par exemple, ima­gi­ner que la Banque cen­trale eu­ro­péenne (BCE) ra­chète toutes les dettes. Qui va crier ? Les Al­le­mands ? On leur di­ra : avec qui faites-vous vos ex­cé­dents ? Avez-vous lu le trai­té de Lis­bonne, sa­vez-vous que ces ex­cé­dents sont in­ter­dits ? J’ai de­man­dé à des éco­no­mistes, comme Jacques Sa­pir et Jacques Gé­né­reux, combien ce­la pro­dui­rait d’in­fla­tion de ra­che­ter toutes les dettes. Ré­ponse : 6% maxi­mum! Eh bien, je pré­fère 6% d’in­fla­tion et une éco­no­mie qui re­part plu­tôt que 2% comme au­jourd’hui et la mort lente pour tous!

Et s’ils ne sont pas d’ac­cord, on quitte l’UE ?

Il n’y au­ra pas be­soin. Nous sommes une grande puis­sance. Je la pré­si­de­rai comme telle, c’est-à-dire avec la vo­lon­té que les par­te­naires y trouvent leur compte. Sor­tons du noir et blanc ! Tout est po­li­tique. Tout se dis­cute. Le pro­blème ce n’est pas l’eu­ro, c’est le sta­tut de la BCE, et ça, c’est de la po­li­tique. De même, ce n’est pas l’Union eu­ro­péenne en soi le pro­blème, c’est le cadre des trai­tés eu­ro­péens, en par­ti­cu­lier le trai­té bud­gé­taire que Fran­çois Hol­lande a ac­cep­té de si­gner, et au­pa­ra­vant le mé­ca­nisme eu­ro­péen de sta­bi­li­té fi­nan­cière que Ni­co­las Sar­ko­zy a fait vo­ter. Là sont les ver­rous. C’est de ce­la qu’il faut sor­tir d’ur­gence.

Mais si vous ne trou­vez pas d’ac­cord avec les Eu­ro­péens, il fau­dra bien sor­tir!

Mieux vaut qu’on le sache ! Si je suis élu, je se­rai le pré­sident des Fran­çais, pas des Al­le­mands. Ma prio­ri­té c’est mon pays. Si je ne le dis pas avant, qui me croi­ra après ? Sa­vez-vous qu’à par­tir de 2017 il est pré­vu de né­go­cier un nou­veau trai­té eu­ro­péen en plus du vote du Taf­ta et du Ce­ta ? De toute fa­çon ces deux trai­tés c’est la fin de l’Eu­rope ! Je crois à l’ef­fet d’en­traî­ne­ment d’une France pro­po­sant un autre modèle de par­te­na­riat eu­ro­péen.

Pour­quoi al­lez-vous réus­sir là où Fran­çois Hol­lande a échoué?

Mais il n’a même pas es­sayé ! Il a ac­cep­té une si­tua­tion ri­di­cule pour un pré­sident fran­çais. Si­gner les trai­tés bud­gé­taires en échange d’un pré­ten­du plan de re­lan­cede 120 mil­liards. C’était en fait 60 mil­liards qui exis­taient dé­jà dans le bud­get eu­ro­péen et 60 mil­liards d’em­prunts. Il fut la ri­sée de l’Eu­rope! La BCE a mis 2 500 mil­liards de­puis 2008, Jun­cker 400 mil­liards! Tout est par­ti dans la bulle fi­nan­cière ! Je veux in­ves­tir dans l’éco­no­mie réelle et convaincre qu’on peut chan­ger la donne. Vous connais­sez un autre che­min en dé­mo­cra­tie que la convic­tion? Il n’y en a pas. Le

“LE HOLLANDISME A FAIT EX­PLO­SER NOTRE FA­MILLE DE L’IN­TÉ­RIEUR.”

peuple vo­te­ra à me­sure. Ma stra­té­gie ré­vo­lu­tion­naire, c’est le re­cours per­ma­nent au vote!

Vous pro­po­sez une ré­vo­lu­tion ci­toyenne… La ré­vo­lu­tion ci­toyenne, c’est autre chose que la ré­vo­lu­tion so­cia­liste. C’est la re­con­quête du pou­voir par les ci­toyens, du conte­nu de leur as­siette aux fu­sées dans l’es­pace. Le coeur de cette stra­té­gie po­li­tique, c’est la convo­ca­tion d’une As­sem­blée consti­tuante. Elle a un ob­jet: abo­lir la mo­nar­chie pré­si­den­tielle, construire la dé­mo­cra­tie du xxie siècle. Cette Consti­tuante doit in­no­ver. Au­cun élu ne pour­ra ve­nir des pré­cé­dentes As­sem­blées de la Ve Ré­pu­blique.

Pour­quoi ? Les an­ciens élus sont dis­cré­di­tés?

Ce n’est pas le su­jet. Nous vou­lons un re­gard ab­so­lu­ment li­bé­ré des rou­tines du pas­sé. Une par­tie des membres se­ra ti­rée au sort, l’autre élue.

Donc, après les lé­gis­la­tives, il y a une élec­tion à l’As­sem­blée consti­tuante ?

Oui, ses membres se consacrent à l’écri­ture du nou­veau texte. Pen­dant ce temps, l’ac­tuelle Consti­tu­tion s’ap­plique. Je n’en lais­se­rai pas une goutte au chat. Aux consti­tuants, je pro­po­se­rai qu’ils ins­taurent le ré­fé­ren­dum ré­vo­ca­toire. Car c’est la so­lu­tion en­fin trou­vée à cette vieille as­pi­ra­tion au man­dat ré­vo­cable à tout mo­ment, et à la né­ces­saire sta­bi­li­té des ins­ti­tu­tions. La Consti­tuante fixe­ra une pro­por­tion de ci­toyens dont la de­mande suf­fit pour or­ga­ni­ser un ré­fé­ren­dum per­met­tant de dé­mettre n’im­porte quel élu.

Un ré­fé­ren­dum pour­rait être or­ga­ni­sé pour de­man­der au pré­sident Mé­len­chon de par­tir…

Oui, et si le vote le dé­cide, je m’en vais. On me dit « on va vo­ter tous les huit jours ». Je n’y crois pas ! Il n’est pas vrai que toutes les se­maines quel­qu’un va dire « je lance une pé­ti­tion » et trou­ver les mil­lions de gens né­ces­saires pour ob­te­nir le ré­fé­ren­dum. De plus ce n’est pas une opé­ra­tion po­li­tique neutre pour ceux qui la dé­clenchent. Car si vous ob­te­nez un ré­fé­ren­dum pour dire « il s’en va » et que le vote dé­cide que je reste, mon pou­voir aug­mente et la dé­route change de camp ! Je l’ai vu une fois à l’oeuvre avec Chá­vez. En­fin, une fois écrite, la nou­velle Consti­tu­tion se­ra sou­mise au peuple. Ce pro­ces­sus consti­tuant se­ra pro­fon­dé­ment re­fon­da­teur pour le peuple fran­çais. Ce nou­veau peuple ur­bain et mé­tis­sé va se dé­fi­nir lui-même en fixant les droits consti­tu­tion­nels qu’il se donne. Sur­tout avec les li­ber­tés in­di­vi­duelles qu’il se ga­ran­tit comme le droit à l’avor­te­ment ou ce­lui de mou­rir dans la di­gni­té.

Qui vote dans votre sys­tème?

Ma mé­thode, c’est d’élar­gir sans cesse la base de la dé­mo­cra­tie. Trois mil­lions de per­sonnes ne sont pas ins­crites, et 6 mil­lions sont mal ins­crites. Il faut ré­gler cette ques­tion. En­suite, pour élar­gir la base élec­to­rale, on ins­taure le vote obli­ga­toire. Vo­ter n’est pas une fa­veur. C’est par­ti­ci­per à une so­cié­té, en par­ti­ci­pant à la dé­ci­sion com­mune. Y com­pris avec un bul­le­tin blanc pris en compte. Et puis, il y a le droit de vote à 16 ans.

Pour­quoi un tel âge ?

Au dé­part, je n’y étais pas fa­vo­rable. Puis, j’ai pris le pro­blème par l’autre bout: quels sont au­jourd’hui les droits d’un jeune de 16 ans ? Et j’ai été vite convain­cu. A 16 ans, vous pou­vez être éman­ci­pé, à 16 ans, vous pou­vez exer­cer l’au­to­ri­té pa­ren­tale, à 16 ans, vous pou­vez vo­ter aux prud’hommes. Pour­quoi vous ne pour­riez pas vo­ter pour don­ner votre avis sur les autres af­faires ?

Les étran­gers votent-ils ?

Ce dé­bat dure de­puis trente ans. La Consti­tuante le tran­che­ra. Si on me de­mande mon avis, je di­rai que j’y suis fa­vo­rable aux élec­tions lo­cales. Mais les consti­tuants dé­ci­de­ront. Ils sont les ac­teurs dé­ci­sifs de cette ré­vo­lu­tion ci­toyenne. Ar­naud Mon­te­bourg a dit qu’il pro­po­se­rait une ré­forme consti­tu­tion­nelle qu’il sou­met­trait dans les deux mois par ré­fé­ren­dum. Je ne suis pas du tout d’ac­cord avec cette mé­thode, c’est un

“JE SUIS FA­VO­RABLE AU DROIT DE VOTE À 16 ANS.”

plé­bis­cite. Ou bien la Consti­tuante est une stra­té­gie de re­cons­truc­tion col­lec­tive de l’iden­ti­té po­pu­laire, ou bien ce n’est pas la peine.

Faut-il ré­gu­ler l’im­mi­gra­tion alors que tout le monde prône la fer­me­ture des fron­tières ?

Mais per­sonne ne dit comment! Voi­ci ce que no­tait Gas­ton Def­ferre : « Pen­dant la guerre, on avait sur le dos l’ar­mée pé­tai­niste, la Mi­lice, la Ges­ta­po, la po­lice fran­çaise, les ca­ra­bi­niers et l’ar­mée es­pa­gnole, et on pas­sait quand même les Py­ré­nées. » Alors, qui comp­tez-vous ar­rê­ter avec vos pe­tites mains ? Il faut po­ser le pro­blème au­tre­ment !

Faut-il comme le disent cer­tains à droite ins­tau­rer des quo­tas d’im­mi­grés lé­gaux ?

Que fe­rez-vous de ceux qui ne sont pas dans le quo­ta ? Vous met­trez-vous au bord de la Mé­di­ter­ra­née avec un pan­neau « cette an­née, c’est fer­mé » ? Ça n’a pas de sens concret.

Et le re­grou­pe­ment fa­mi­lial ?

Le re­grou­pe­ment fa­mi­lial est un droit hu­main fon­da­men­tal. Nous avons si­gné des conven­tions in­ter­na­tio­nales. Ceux qui veulent le re­mettre en ques­tion doivent ex­pli­quer comment ils s’y prennent et quels trai­tés la France dé­nonce. Tout ce­la est pu­re­ment ges­ti­cu­la­toire. Mon pro­gramme est bien plus ef­fi­ca­ceet concret: on ar­rête les guerres, ce sont elles qui font fuir les gens. On ar­rête les trai­tés com­mer­ciaux in­égaux que l’Eu­rope es­saie d’im­po­ser à toute l’Afrique. On fait donc en sorte que les gens puissent res­ter chez eux. Le point de vue in­ter­na­tio­na­liste tra­di­tion­nel est très clair: pou­voir vivre et tra­vailler au pays, au Zam­bèze comme en Cor­rèze! La li­ber­té de cir­cu­la­tion n’a ja­mais été la li­ber­té d’ins­tal­la­tion! Qui pro­pose la sup­pres­sion des fron­tières, des pas­se­ports et des vi­sas? Pas moi.

On ne change donc pas les at­tri­bu­tions de vi­sas, les cri­tères de ré­gu­la­ri­sa­tion?

Mais combien de lois a-t-on dé­jà vo­tées sur ce su­jet ? Il faut donc d’abord ré­gler les ques­tions concrètes. No­tam­ment à pro­pos des tra­vailleurs dé­ta­chés. C’est la honte. La nou­velle di­rec­tive main­tient le fait que les co­ti­sa­tions so­ciales sont celles du pays d’ori­gine. J’ai vo­té contre. Tous les autres ont vo­té pour. Je le re­dis : le jour où je suis élu, c’est fi­ni. Plus un seul tra­vailleur dé­ta­ché dans notre pays, c’est clair, net et pré­cis. Ma po­si­tion, c’est celle du mou­ve­ment ou­vrier : les mêmes droits pour tous les tra­vailleurs. Jau­rè­saf­fir­mait: « C’est en don­nant les mêmes droits à tous qu’on fait une so­cié­té har­mo­nieuse. »

Faut-il ré­gu­la­ri­ser les sans-pa­piers?

Mes rai­son­ne­ments sont prag­ma­tiques. Je sais que nous sommes tou­jours ac­cu­sés d’être des rê­veurs. Pour moi, ce qui ne tient pas de­bout c’est de croire qu’on va pou­voir cap­tu­rer tous les clan­des­tins pour les ex­pul­ser ! Ré­glons d’abord les si­tua­tions concrètes : tous les tra­vailleurs sans pa­piers doivent être ré­gu­la­ri­sés, c’est-à-dire ceux qui sont dans des en­tre­prises, qui paient des im­pôts, des co­ti­sa­tions so­ciales. Ceux qui ne les ré­gu­la­ri­se­ront pas se­ront pu­nis! La loi le pré­voit dé­jà. Mais, comme il n’y a plus d’ins­pec­teurs du Tra­vail pour vé­ri­fier, elle n’est pas ap­pli­quée. On re­met­tra donc des ins­pec­teurs.

De même pour les pa­rents d’en­fants sco­la­ri­sés?

Pour­quoi pas? Si­non vous faites quoi? Vous al­lez cher­cher les gosses à l’école et vous leur dites « on t’a as­sez vu!», et ouste on l’ex­pulse avec toute sa fa­mille? Pauvres pe­tits! Où est le pro­blème? Il y a trop de monde dans ce pays ? Non. Il n’y a pas as­sez d’em­plois. Ma po­li­tique part du re­tour au plein-em­ploi. Je ne suis pas comme Fran­çois Hol­lande à dire « j’ai­me­rais bien in­ver­ser la courbe du chô­mage », je dis « je le ré­dui­rai de moi­tié ». Nous crée­rons trois mil­lions et de­mi d’em­plois. La so­lu­tion de tous les pro­blèmes, c’est l’em­ploi. Les gens veulent vivre di­gne­ment de leur tra­vail.

Et là, les gens disent « mais comment il fait? »

Je viens de vous le dire. C’est la tran­si­tion éco­lo­gique la clé de l’affaire. Mon pro­jet veut re­nouer avec le meilleur du peuple fran­çais. Quand il se met en mou­ve­ment, il em­porte tout car il sait tout faire.

Comment ré­duit-on les iné­ga­li­tés? En ci­blant les très riches? Vous prô­nez une taxe à 100% au­des­sus de 400 000 eu­ros de re­ve­nus par an. Pour­quoi une telle li­mite?

Les iné­ga­li­tés ont bien des ra­cines. C’est comme pour les mots « dé­crois­sance » ou « pla­ni­fi­ca­tion », c’est une idée qui oblige à ré­flé­chir : est-il ac­cep­table d’ac­cu­mu­ler sans li­mites? Je dis que c’est im­mo­ral. La dé­cence re­fuse que les uns do­minent les autres parce qu’ils peuvent tout ache­ter. Si les riches ne prennent pas leur juste part, le sys­tème ex­plo­se­ra de l’in­té­rieur car la classe moyenne s’ef­fondre sous le poids de la charge qui lui est trans­fé­rée. Une so­cié­té à be­soin d’un ho­ri­zon col­lec­tif da­van­tage que de vaines pro­messes de ga­vage in­di­vi­duel.

Fran­çois Hol­lande ne l’a pas tra­cé. Qu’il soit can­di­dat, ce se­rait une bonne nou­velle pour vous?

Ce se­rait mo­ral qu’il as­sume les consé­quences de ce qu’il a in­fli­gé au mou­ve­ment so­cia­liste. Non seule­ment la perte des po­si­tions te­nues par le par­ti (villes, ré­gions, dé­par­te­ments, Sé­nat), mais celle de l’idée elle-même qu’il a dé­truite de l’in­té­rieur. Je mets de cô­té tous les as­pects per­son­nels. J’en reste au ré­sul­tat et à ce chan­ge­ment de pied in­ouï que consti­tue l’adhé­sion à la po­li­tique de l’offre. La gauche, de­puis tou­jours, c’est la po­li­tique de la de­mande. Et la dé­chéance de la na­tio­na­li­té ? Une idée glauque qui n’a rien à voir ni avec la gauche ni même avec la droite ré­pu­bli­caine. Le PS et ses al­liés choi­si­ront qui ils veulent. Ce n’est pas mon affaire. Moi, je reste stable et per­sé­vé­rant. Quoi qu’il ar­rive, j’au­rai au moins fait avan­cer des idées. On a tra­vaillé huit ans, de­puis que j’ai quit­té le PS, pour éla­bo­rer cette nou­velle pen­sée. Je suis conscient des nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés qui m’in­combent. Le pro­gramme que je pro­pose, la mé­thode que je dé­fends, peuvent ras­sem­bler. J’en ai fi­ni avec le bruit et la fu­reur. Parce qu’il y en a dé­jà trop. L’har­mo­nie dans la so­cié­té et avec la na­ture, voi­là le but. Ni la fi­nance ni le pro­duc­ti­visme ne le per­mettent.

Le can­di­dat à la pré­si­den­tielle, lors de la con­ven­tion de son mou­ve­ment, La France in­sou­mise, le 16 oc­tobre à Saint-An­dréLez-Lille.

Jean-Luc Mé­len­chon, aux cô­tés de l’an­cien mi­nistre grec des Fi­nances Yá­nis Va­roufá­kis (à droite), in­vi­té de la Fête de l’Hu­ma­ni­té, le 13 sep­tembre 2015.

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