Gran­nec ouvre le bal

LE BAL MÉ­CA­NIQUE, PAR YAN­NICK GRAN­NEC, ANNE CAR­RIÈRE, 536 P., 22 EU­ROS.

L'Obs - - Critques - CLAIRE JULLIARD

La psy­cho­gé­néa­lo­gie, l’idée que l’on porte en soi les trau­mas et les se­crets de toute une li­gnée d’an­cêtres, est à l’évi­dence source d’ins­pi­ra­tion pour les écri­vains. Elle sous-tend l’édi­fice com­plexe qu’est le deuxième ro­man de Yan­nick Gran­nec (« la Déesse des pe­tites vic­toires »). L’au­teur par­court cent ans d’his­toire à tra­vers quatre gé­né­ra­tions d’une même fa­mille. Elle en dé­crypte la pro­blé­ma­tique comme on dé­monte une mé­ca­nique. Per­son­nage fort, Mag­da est la fille du mar­chand d’art Théo­dore Grenz­berg, ins­pi­ré par le cé­lèbre Kahn­wei­ler. Dans l’Al­le­magne des an­nées 1920, elle échappe à un des­tin tout tra­cé en s’ins­cri­vant au Bau­haus, l’école d’art et d’ar­chi­tec­ture où en­seigne Paul Klee son par­rain. Le ré­cit fait alors re­vivre une des aven­tures ar­tis­tiques les plus no­va­trices du xxe siècle. Dans cette oa­sis li­ber­taire, on dis­serte, on danse, on re­fait le monde. Les na­zis met­tront fin à cette « par­faite ex­pres­sion de l’art dé­gé­né­ré ». Gran­nec en­jambe les époques et joue les contrastes au risque de dé­rou­ter le lec­teur. Le livre passe ain­si du monde fié­vreux de la créa­tion à ce­lui, gla­cial et cy­nique, de la té­lé­réa­li­té. On se laisse ce­pen­dant en­traî­ner dans ce bal­let gri­sant et au­da­cieux.

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