La­lo Schi­frin, sai­son 1

THE SOUND OF LA­LO SCHI­FRIN, PAR LA­LO SCHI­FRIN (5 CD, DECCA).

L'Obs - - Critques - NI­CO­LAS SCHALLER

Ses thèmes my­thiques pour « Mis­sion im­pos­sible », « Opé­ra­tion Dra­gon » ou « The Fox » (mais si, l’air des pubs pour les col­lants Dim) sont les arbres im­po­sants qui cachent la fo­rêt exo­tique qu’est l’oeuvre de La­lo Schi­frin. Il suf­fit pour s’en convaincre de se ba­la­der au sein de ce cof­fret de 5 CD (concoc­té par le pré­cieux « BO­phile » Sté­phane Le­rouge), sans cesse sur­pre­nant par ses in­fluences cos­mo­po­lites. Y est pri­vi­lé­giée la pé­riode 1964-1971, celle où Schi­frin signe ses com­po­si­tions les plus em­blé­ma­tiques. Son jazz six­ties s’y co­lore tour à tour de rythmes bos­sa-no­va, de so­no­ri­tés in­diennes, de cordes ara­bi­santes, de pul­sa­tions fun­ky, d’am­biance ca­lyp­so voire de teintes élec­tro­niques. Ori­gi­naire de Bue­nos Aires, Schi­frin naît dans une fa­mille de mu­si­ciens et re­çoit une for­ma­tion clas­sique. Ado­les­cent, il craque pour le be-bop de Monk et Par­ker dont il se pro­cure clan­des­ti­ne­ment les disques, in­ter­dits sous la dic­ta­ture ar­gen­tine, avant d’étu­dier au­près d’Oli­vier Mes­siaen au Conser­va­toire de Pa­ris. C’est Diz­zie Gilles­pie qui, le pre­mier, le prend sous son aile en l’en­ga­geant comme pia­niste et ar­ran­geur.

De cette mul­ti­tude d’in­fluences, il tire son goût pour les mé­tis­sages et un an­ti­sno­bisme qui ne le met ja­mais à l’abri de pondre un chef-d’oeuvre, même lors­qu’il s’at­telle à un mor­ceau d’am­biance pour une sé­rie té­lé – voir le groo­vis­sime « Jim on the Move », ti­ré d’un épi­sode de « Mis­sion im­pos­sible » et sam­plé par les Wi­se­guys pour leur hymne dan­ce­floor de 1998, « Ooh la la ». Schi­frin ne s’est pas conten­té de mettre son brio au ser­vice des autres, et de Hol­ly­wood en par­ti­cu­lier. Il a aus­si conçu ses propres disques. De ses trois al­bums concepts res­sus­ci­tés ici, on pré­fé­re­ra le foi­son­nant « There’s a Whole La­lo Schi­frin Goin’ On » à « Schi­frin/Sade », ma­riage de jazz et de mu­sique de chambre en l’hon­neur du Di­vin Mar­quis, et « Rock Re­quiem », hom­mage psy­ché af­freu­se­ment da­té aux vic­times de la guerre du Viet­nam. Di­sons-le, c’est dans la com­mande que Schi­frin se montre le meilleur. En té­moigne le re­mar­quable concert don­né au Grand Rex en 2007 sous sa di­rec­tion au cours du­quel s’en­chaînent ses plus cé­lèbres BO – ci­tons aus­si « l’Ins­pec­teur Har­ry », « Bul­litt » et « le Kid de Cin­cin­na­ti ». Pas une n’a vieilli. Con­trai­re­ment à leur au­teur qui, à 84 ans, vient pro­ba­ble­ment d’ef­fec­tuer sa der­nière vi­site à Pa­ris pour l’hom­mage que lui a ren­du la Ci­né­ma­thèque dé­but no­vembre.

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