À JA­MAIS PAR BE­NOÎT JAC­QUOT

L'Obs - - CRITIQUES - P. M.

Drame fran­co-por­tu­gais, avec Ju­lia Roy, Ma­thieu Amal­ric, Jeanne Ba­li­bar (1h25).

Il y a un peu plus de dix ans, « A tout de suite » re­tra­çait la ca­vale d’une jeune fille (Isild Le Bes­co) et du mau­vais gar­çon dont elle était éprise. Dans « A ja­mais », un ci­néaste (Ma­thieu Amal­ric) s’en­fuit avec une jeune femme tout juste ren­con­trée (Ju­lia Roy), lais­sant der­rière lui son ac­trice et com­pagne (Jeanne Ba­li­bar). C’est un film de fan­tômes. Et pas uni­que­ment parce que son per­son­nage prin­ci­pal s’en ab­sente bien­tôt, vic­time d’un ac­ci­dent qu’il a peut-être vou­lu. Cer­tains spectres se tiennent entre les pa­ren­thèses for­mées par les el­lipses sou­vent bru­tales, par­fois proches d’une forme de dé­sin­vol­ture qui aug­mente la dis­tance avec des per­son­nages dés­in­car­nés et un ré­cit qui n’en­tend pas sé­duire. Ce film ne cherche pas à se faire ai­mer. Il est pour cette rai­son étran­ge­ment ai­mable et grave sous la lé­gè­re­té. Un film dont le court ro­man de Don DeLillo qui l’a ins­pi­ré, dé­pla­cé de New York au Por­tu­gal, pour­rait être un autre fan­tôme, dans l’ombre d’un ci­né­ma hol­ly­woo­dien dis­pa­ru, au­quel se ré­fère la mu­sique com­po­sée par Bru­no Cou­lais. Ra­re­ment le geste du ci­néaste a sem­blé si vif, si tran­chant, si « ar­tiste », et ses ef­fets si per­sis­tants.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.