Une Ronde mas­sa­crée

LA RONDE, D’APRÈS AR­THUR SCHNITZLER. JUS­QU’AU 8 JAN­VIER, CO­MÉ­DIE-FRAN­ÇAISE AU VIEUX-CO­LOM­BIER, PA­RIS-6E, 20H30, 01-44-58-15-15.

L'Obs - - SORTIR - J. N.

Tiens ! Pour­quoi « la Ronde », que joue la Co­mé­die-Fran­çaise, n’es­telle plus « de » Schnitzler mais « d’après » Schnitzler? Car Anne Kessler, qui la met en scène, y ra­joute un pro­logue et des intermèdes de Guy Zil­ber­stein, scé­na­riste, au­teur, pré­sident de l’Ins­ti­tut français de Veille sé­man­tique et, se­lon Wi­ki­pé­dia, son com­pa­gnon. Si elle a bien le droit de le choi­sir pour bi­nôme, es­quin­ter un chefd’oeuvre pour lui plaire semble plus dis­cu­table. « La Ronde » se pré­sente comme une sé­rie de dix scènes à deux per­son­nages, qui s’en­chaînent se­lon le prin­cipe de cer­taines comp­tines : « Trois p’tits chats, chapeau d’paille, paillas­son, etc. » On re­trouve donc dans cha­cune un pro­ta­go­niste de la pré­cé­dente. Ain­si Schnitzler, an­cien mé­de­cin, évoque-t-il la sy­phi­lis qui se trans­met­tait à bas bruit dans toutes les couches de la so­cié­té au­tri­chienne d’avant 1914. Hé­las, entre les perles fines du col­lier, Mme Kessler in­ter­cale celles que M. Zil­ber­stein a culti­vées, qui n’ont pas le même lustre. Et « la Ronde », aus­si preste et dé­liée qu’une valse vien­noise, de­vient lourde et traî­narde. C’est d’au­tant plus ra­geant que la dis­tri­bu­tion ne réunit que de mer­veilleux ac­teurs. « Amour, amour, quand tu nous tiens/On peut bien dire : “Adieu pru­dence !” » Telle est la mo­rale du « Lion amou­reux ». De La Fon­taine, pas « d’après ».

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