LE DUEL

Ce qu’ils pro­posent Ce qui les op­pose

L'Obs - - LA UNE -

“Le vain­queur de la pri­maire so­cia­liste de­vra re­cons­truire.”

La si­dé­ra­tion après le re­non­ce­ment de Fran­çois Hol­lande au­ra été de courte du­rée. En quatre jours, tout s’est em­bal­lé. Le Pre­mier mi­nistre achève à peine sa dé­cla­ra­tion de can­di­da­ture que dé­jà s’en­clenche le « tout sauf Valls ». Ar­naud Mon­te­bourg, Be­noît Ha­mon, Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann, ses concur­rents au sein de la pri­maire de la gauche, donnent de la voix, mais aus­si Em­ma­nuel Ma­cron et Jean-Luc Mé­len­chon, can­di­dats « libres ».

Mis­sion im­pos­sible pour Ma­nuel Valls ? Comment in­car­ner une forme de re­nou­veau après cinq ans au gou­ver­ne­ment, d’abord comme mi­nistre de l’In­té­rieur, puis en en étant le chef? Comment por­ter un pro­jet pour l’ave­nir quand on doit d’abord, par fi­dé­li­té à la fois au pré­sident de la Ré­pu­blique et à sa propre ac­tion, as­su­mer un bi­lan re­je­té par les Français? Il lui fau­dra aus­si beau­coup de ta­lent pour convaincre de sa vo­lon­té de « ras­sem­bler » la gauche, lui qui avait par­lé de « deux gauches ir­ré­con­ci­liables », vou­lait « en fi­nir avec la gauche pas­séiste » (dans « l’Obs » en oc­tobre 2014) et ap­pe­lait à chan­ger le nom du Par­ti so­cia­liste, sem­blant alors bien dé­ci­dé, le mo­ment ve­nu, à se sé­pa­rer de son aile gauche.

Tout s’est em­bal­lé, mais rien n’a pro­fon­dé­ment chan­gé. Lors­qu’un pré­sident sor­tant est dans l’in­ca­pa­ci­té de se re­pré­sen­ter, faute de pou­voir ras­sem­bler, son camp ne peut pas être en meilleur état. Les don­nées de l’équa­tion de­meurent : le vain­queur de la ba­taille in­terne du PS de­vra en­core af­fron­ter JeanLuc Mé­len­chon sur sa gauche et Em­ma­nuel Ma­cron sur sa droite. Au­tant dire que le pre­mier tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle au prin­temps pro­chain n’est pas ga­gné face à Fran­çois Fillon et à Ma­rine Le Pen.

Gauche an­née zé­ro? De­puis l’ins­tal­la­tion de Fran­çois Hol­lande à l’Ely­sée en 2012, elle a per­du les mu­ni­ci­pales, le Sé­nat, et ses pré­si­dences de ré­gions. Le par­ti de Jau­rès et de Blum compte au­jourd’hui 60 000 adhé­rents contre 250 000 en 2007. Et il n’a plus guère d’al­liés. Les com­mu­nistes sou­tiennent Mé­len­chon, les éco­lo­gistes font dé­sor­mais bande à part, et le Par­ti ra­di­cal de Gauche pré­sente sa propre can­di­date. La gauche de gou­ver­ne­ment avait tou­jours réus­si à se do­ter d’un axe cen­tral et d’un fé­dé­ra­teur. Fran­çois Mit­ter­rand, fi­gure de la pre­mière gauche, avait ral­lié la deuxième, celle de Ro­card et De­lors, en la do­mi­nant. Lio­nel Jos­pin avait réus­si à agré­ger au­tour de lui la gauche plu­rielle. La syn­thèse Hol­lande, elle, a ex­plo­sé en vol, frac­tu­rée par le dé­bat sur la dé­chéance de na­tio­na­li­té et la loi El Khom­ri.

Sombre constat : il n’y a pas deux gauches ir­ré­con­ci­liables, comme l’avait dit l’an der­nier Ma­nuel Valls. Des trots­kistes aux so­ciaux-li­bé­raux, en pas­sant parles so­ciaux­ré­pu­bli­cains comme Ar­naud Mon­te­bourg, qui prône le re­tour du ser­vice na­tio­nal (lire notre in­ter­view p. 38), et la gauche des mi­no­ri­tés, il y en a quatre, cinq, dix… La droite pense être en 1958. La gauche, elle, se­rait plu­tôt dans la si­tua­tion de 1969 : lors de cette élec­tion pré­si­den­tielle de si­nistre mé­moire, Gas­ton Def­ferre, can­di­dat d’une SFIO mo­ri­bonde, n’avait re­cueilli que 5% des voix au pre­mier tour, face à Georges Pom­pi­dou et à Alain Po­her, seuls qua­li­fiés pour le se­cond tour. Il fau­dra alors at­tendre le congrès d’Epi­nay en 1971 pour que Fran­çois Mit­ter­rand, avec l’aide de Jean-Pierre Che­vè­ne­ment, fonde le Par­ti so­cia­liste sur les dé­combres de la « vieille mai­son », comme l’ap­pe­lait Léon Blum.

Le vain­queur de la pri­maire so­cia­liste de­vra re­cons­truire. Et ne pas se conten­ter de conso­li­der les fon­da­tions du par­ti. La gauche so­ciale-dé­mo­crate a four­ni trop peu d’idées neuves de­puis celle de la ré­duc­tion du temps de tra­vail, em­prun­tée à la CFDT dans les an­nées 1970. Il fau­dra re­bâ­tir une doc­trine, un socle in­tel­lec­tuel. Dire quelles nou­velles formes de so­li­da­ri­té sont pos­sibles dans une éco­no­mie mon­dia­li­sée, quelles pro­tec­tions dans un monde du tra­vail en pleine mu­ta­tion.

En avril pro­chain, le pre­mier tour de la pré­si­den­tielle éta­bli­ra les poids res­pec­tifs des forces de gauche. Quel qu’il soit, le can­di­dat de gauche ar­ri­vé en tête por­te­ra l’es­poir d’une fa­mille dé­bous­so­lée qui n’at­tend qu’une chose : re­trou­ver la foi.

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