Un Ma­ri­vaux in­au­dible

LE PE­TIT-MAÎTRE COR­RI­GÉ, DE MA­RI­VAUX. EN AL­TER­NANCE JUS­QU’AU 24 AVRIL 2017, CO­MÉ­DIE-FRAN­ÇAISE, PARIS-1ER, 01-44-58-15-15.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

Ja­mais re­mon­tée au Fran­çais de­puis sa créa­tion (un four noir), cette co­mé­die traite d’un su­jet tou­jours d’ac­tua­li­té : la mu­fle­rie de cer­tains gar­çons qui croi­raient dé­choir en s’avouant amou­reux. Ro­si­mond et Hor­tense ne se dé­plaisent pas et de­vraient se ma­rier bien­tôt mais le jeune Pa­ri­sien joue les pe­tits-maîtres. Pour sno­ber la pro­vin­ciale, il ne lui té­moigne pas le moindre at­ta­che­ment. Pire, il cour­tise sous son nez la com­tesse Do­ri­mène, un an­cien flirt. Heu­reu­se­ment Ro­si­mond n’est pas plus Val­mont que Ma­ri­vaux n’est Cho­der­los de La­clos, il aban­don­ne­ra vite ses grandes poses de li­ber­tin. Dom­mage que cette mer­veille d’iro­nie soit mise en scène avec tant de tri­via­li­té. Que Clé­ment Her­vieu-Lé­ger n’ajoute pas de den­telles à Ma­ri­vaux, soit. Mais si Ro­si­mond est un agi­té du bo­cal au rire hys­té­rique per­ma­nent, on com­prend mal qu’Hor­tense le trouve à son goût. Et cette com­tesse Do­ri­mène qui gueule comme un pu­tois, qui évente sa gorge en sueur avec les pans de son cor­sage… Com­ment peut-on ap­por­ter tant de goût dans la confec­tion des cos­tumes et tant de gros­siè­re­té dans le pro­fil des per­son­nages ? Les ac­teurs ne sont pas cou­pables, c’est le met­teur en scène qui les ai­guille vers de mau­vaises di­rec­tions. Ajou­tez à ce­la que, bien pla­cé, on n’en­tend pas la moi­tié du texte ! Si la Co­mé­die-Fran­çaise se re­pent d’avoir fait chu­ter la pièce en 1734, ce n’est pas comme ça qu’elle va la ré­ha­bi­li­ter.

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