Pa­jak chez Van Gogh

MA­NI­FESTE IN­CER­TAIN 5, PAR FRÉ­DÉ­RIC PA­JAK, NOIR SUR BLANC, 256 P., 23 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS

Par­tir sur les traces de Van Gogh pré­sente tou­jours un risque. Le peintre hol­lan­dais a si bien do­cu­men­té sa propre vie (à tra­vers ses lettres adres­sées à ses proches et sur­tout à son frère Théo) que celle-ci ne pré­sente plus guère de zones d’ombre. Fré­dé­ric Pa­jak a pour­tant ten­té le coup. Le cin­quième vo­lume de son « Ma­ni­feste in­cer­tain », contrai­re­ment aux pré­cé­dents (évo­quant Ben­ja­min, Pound, Go­bi­neau), ne dé­roule qu’un seul fil : l’exis­tence du peintre. Pa­jak cultive la fibre in­ti­miste, pri­vi­lé­giant une nar­ra­tion cen­trée sur l’homme plus que l’ar­tiste. Sans ja­mais for­cer le trait, il construit « son » Vincent avec une em­pa­thie dis­crète. Les des­sins qui ac­com­pagnent le texte n’en sont pas l’illustration, ils sont une autre ma­nière d’évo­quer Van Gogh. Réa­li­sés à l’encre de Chine noire, ils ne sus­ci­te­ront pas la polémique (contrai­re­ment aux « Car­nets re­trou­vés », à l’encre sé­pia). Pa­jak re­pro­duit éga­le­ment plu­sieurs ta­bleaux de Van Gogh, une dé­marche qui ne doit rien au dé­sir d’imi­ta­tion, mais qu’il faut com­prendre comme une autre fa­çon de s’im­mer­ger dans l’uni­vers du peintre. « J’avais ou­blié Vincent », écrit-il dans un pro­logue. Heu­reux ou­bli qui per­met au lec­teur de re­gar­der et lire ce bel exer­cice d’admiration.

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