Eblouis­sant Na­ruse

LE GRONDEMENT DE LA MON­TAGNE, PAR MIKIO NA­RUSE. DRAME JA­PO­NAIS, AVEC SETSUKO HARA, SÔ YAMAMURA (1954, 1H34, NOIR ET BLANC).

L'Obs - - Critiques - P. M.

Des géants du ci­né­ma ja­po­nais, Mikio Na­ruse (1905-1969) est l’éter­nel ou­blié, dans l’ombre de Mi­zo­gu­chi, Ku­ro­sa­wa et Ozu. Plus proche de ce dernier que des autres, ses quelque 87 films sou­tiennent pour­tant la com­pa­rai­son avec ceux de l’au­teur du « Voyage à To­kyo », et cer­tains les sur­passent même. La sor­tie de deux in­édits du maître offre d’ap­pré­cier la splen­deur tran­quille d’une oeuvre éblouis­sante : après « Quand une femme monte l’es­ca­lier », voi­ci « le Grondement de la mon­tagne », dé­ri­vé du ro­man de Ka­wa­ba­ta pa­ru éga­le­ment en 1954. Na­ruse ob­serve la vie d’une fa­mille, les pa­rents, le fils et son épouse no­tam­ment, qui ha­bitent la même mai­son. Le coeur du film bat au rythme de ce­lui du père (Sô Yamamura, pho­to) et de ce­lui de sa bel­le­fille (Setsuko Hara, pho­to), unis par des liens se­crets dont eux-mêmes ignorent la na­ture et re­fusent de la connaître. L’homme com­prend le désar­roi de la jeune femme, dé­lais­sée par son ma­ri au pro­fit d’une maî­tresse, au­près de la­quelle il ten­te­ra d’in­ter­ve­nir. Entre eux, rien n’est dit, tout est dans la mise en scène. Une question de re­gards, mise en lu­mière de fa­çon su­blime dans une der­nière scène d’une pro­fon­deur et d’une beau­té à cou­per le souffle. Na­ruse avait du gé­nie.

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