Un traître ma­gni­fique

MON TRAÎTRE, D’APRÈS SORJ CHA­LAN­DON. JUS­QU’AU 29 JAN­VIER, ROND-POINT, PA­RIS-8E, 21 HEURES, 01-44-95-98-21. PUIS EN TOUR­NÉE.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

Jour­na­liste – à « Li­bé » na­guère, au « Ca­nard » au­jourd’hui –, Sorj Cha­lan­don a consa­cré deux ro­mans, « Mon traître » et « Re­tour à Killy­begs » (Gras­set, 2008 et 2011), au choc pro­vo­qué en 2005 par les aveux de De­nis Do­nald­son avec qui il s’était lié d’ami­tié à Bel­fast au dé­but des an­nées 1970. Ain­si donc cette fi­gure de proue de l’IRA avait été re­tour­née par les An­glais et, de­puis 1981, es­pion­nait pour leur compte. Le hé­ros était un don­neur. On lui conseilla dis­crè­te­ment de fi­ler (à l’an­glaise) et de ne plus ja­mais mettre les pieds en Ir­lande. Sourde aux me­naces, la taupe fut abat­tue peu après, non sans avoir été quelque peu tor­tu­rée, dans la bi­coque écar­tée, sans eau ni chauf­fage, où elle avait fait son trou. L’in­té­rêt des trois mo­no­logues qui consti­tuent le spec­tacle d’Em­ma­nuel Mei­rieu, c’est que Sorj Cha­lan­don n’ac­cable pas l’ami fé­lon mais tente de com­prendre le pour­quoi et le comment de sa dé­loyau­té. L’ap­pât du lucre? Trop simple. Sans doute les An­glais le te­naien­tils. Quel se­cret mé­rite de li­vrer ses ca­ma­rades à l’en­ne­mi? Laurent Ca­ron, Sté­phane Bal­mi­no et Jean-Marc Avo­cat, vieux lion se dé­bal­lant aux portes de la mort, tous trois sont sai­sis­sants. L’in­té­rêt va cres­cen­do tout au long de la re­pré­sen­ta­tion. On en sort bri­sé par l’émo­tion. On ima­gine, toutes pro­por­tions gar­dées, celle des ca­tho­liques ir­lan­dais quand ils ap­prirent que, pen­dant près d’un quart de siècle, leur cham­pion les avait trom­pés.

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