Re­mords sur le Nil

JOUR­NAL DE VOYAGE EN ÉGYPTE, PAR VIC­TOR SCHOELCHER, ÉDI­TION ÉTA­BLIE PAR PHI­LIPPE ARTIÈRES, MER­CURE DE FRANCE, COLL. « LE TEMPS RE­TROU­VÉ », 450 P., 8,90 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - LAURENT LEMIRE

« C’est parce qu’ils n’ont ja­mais vu les nègres libres que les Eu­ro­péens les ac­cusent de stu­pi­di­té. Ils jugent l’homme dans l’es­cla­vage comme si la ser­vi­tude n’abru­tis­sait pas tous les hommes, quelle que soit leur race ou leur cou­leur. » En 1844, le ma­rin du Nil qui s’adresse à Vic­tor Schoelcher (1804-1893) prêche un convain­cu, qui dé­barque dans le pays me­né à la ba­guette par Mé­hé­met Ali. Les pages in­édites de son « Jour­nal », com­plé­tées par des ex­traits de son « Egypte po­li­tique », consti­tuent un mo­ment clé du che­mi­ne­ment de l’abo­li­tion. Après les Etats-Unis, les An­tilles fran­çaises, Haï­ti et avant le Sé­né­gal, Schoelcher ra­conte la mi­sère, la souf­france des fel­lahs et ces hommes, ces femmes et ces en­fants ve­nus de Sen­naar – au­jourd’hui le nord du Sou­dan – et du Dar­four ven­dus par le vice-roi né­grier d’Egypte. Le fu­tur sé­na­teur des An­tilles, qui lut­ta aus­si contre la peine de mort, dé­crit ce que les autres ne veulent pas voir. Ce texte sa­vant, qui n’a rien per­du de sa force, inau­gure bien la re­fonte gra­phique et édi­to­riale de la col­lec­tion « Le Temps re­trou­vé ».

Da­ha­beya sur le Nil, près de Qasr Ibrim.

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