La liai­son dan­ge­reuse

LE­ÇONS POUR UN JEUNE FAUVE, PAR MICHELA MUR­GIA, TRA­DUIT DE L’ITA­LIEN PAR NA­THA­LIE BAUER, SEUIL, 228 P., 19 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - V. C.-G.

« Ares­tixed­du », c’est le mot qui est ve­nu à l’es­prit d’Eleo­no­ra lors­qu’elle a ren­con­tré Chirù. En sarde, il si­gni­fie « jeune fauve ». Co­mé­dienne de re­nom d’une qua­ran­taine d’an­nées, elle a pris sous son aile ce jeune vio­lo­niste pro­met­teur pour lui en­sei­gner les codes qui lui ou­vri­ront les portes de la réus­site. Ce n’est pas le pre­mier « élève » d’Eleo­no­ra, mais elle a re­con­nu en Chirù cette « odeur de pour­ri­ture » qui émane de ceux que les liens fa­mi­liaux ont cor­rom­pus, comme elle, qui a gran­di dans un village entre un père violent et une mère sou­mise. Au fil des dix-sept cha­pitres qui sont au­tant de le­çons, Eleo­no­ra va fa­çon­ner son élève à sa guise, se jouant par­fois de lui avec la com­pli­ci­té d’un an­cien amant. Lors­qu’elle met­tra fin à son ap­pren­tis­sage, elle me­su­re­ra la force de l’em­preinte que Chirù a lais­sée en elle. Michela Mur­gia aime à dé­pe­cer les conven­tions so­ciales. Son pré­cé­dent ro­man, « Ac­ca­ba­do­ra », mot sarde dé­si­gnant la femme qui ai­dait les ago­ni­sants à pas­ser de vie à tré­pas lors­qu’ils souf­fraient trop, trai­tait de l’eu­tha­na­sie. Elle mène ici une ré­flexion pro­fonde sur le pou­voir, comment il se ma­ni­feste, comment on le su­bit et l’exerce, par­ti­cu­liè­re­ment au sein de la fa­mille, de sang ou d’élec­tion.

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