Fi­sh­bach dé­barque

“À TA MER­CI”, PAR FI­SH­BACH (EN­TRE­PRISE).

L'Obs - - Critiques - SO­PHIE DELASSEIN

A 25 ans, elle fait une en­trée re­mar­quée, fra­cas­sante même, sur la scène fran­çaise – où on s’en­nuyait comme de­vant un feu de bois éteint. Heu­reu­se­ment la voi­là, s’élan­çant « comme une guer­rière dans la mê­lée ». La cu­rio­si­té pop du mo­ment s’ap­pelle Fi­sh­bach. Au­teur, com­po­si­teur, elle dé­boule avec une gui­tare, ses cla­viers, un cha­risme cer­tain, une sil­houette toute fine et un re­gard clair, de ceux qui vous élec­trisent à votre corps dé­fen­dant. Elle dé­barque sur­tout avec un pre­mier al­bum, « A ta mer­ci », dont les sons élec­tro pour­raient las­ser, à la longue, si une voix bour­rée de charme, de mys­tères et de pro­messes ne s’en échap­pait. C’est cette voix en­voû­tante qui, chan­son après chan­son, réus­sit à sé­duire même quand on croit en avoir fait le tour. Pour­tant, sur ses mor­ceaux hyp­no­tiques qui in­vitent à une transe sous psy­cho­tropes, la ra­vis­sante Fi­sh­bach nous an­nonce le pire. Jusque dans les chan­sons d’amour, son al­bum est comme un mo­no­chrome sombre. « Si tu broies du noir, je veux bien me faire broyer », lance-t-elle en ou­ver­ture dans « Ma Voie lac­tée ». Juste après, elle « dé­clare le car­nage » au son d’une bal­lade qui parle d’une ro­mance floue, par écrans in­ter­po­sés. L’oc­ca­sion rê­vée d’en­voyer, à la ma­nière d’une Fran­çoise Har­dy qui au­rait lâ­ché l’af­faire : « Vos pa­roles, vos mots doux, je m’en fous. » Mais il y a pire que ses amours foi­reuses, il y a toute une hu­ma­ni­té si­dé­rée qui s’ap­prête à bas­cu­ler dans le vide, dans « In­vi­sible dé­gra­da­tion de l’uni­vers ». Ici, par­tout, la mort s’in­vite. Dans « On me dit tu », Fi­sh­bach se met dans la peau de l’in­vi­sible Fau­cheuse, his­toire de rap­pe­ler aux étour­dis : « Vous pas­se­rez tous à la trappe. » Quand elle an­nonce « le Meilleur de la fête », on se doute qu’il y a un loup, on flippe et on a rai­son puisque la chan­son sug­gère le sui­cide. Cette jeune Ar­dé­choise a quit­té ses plaines et ses fo­rêts pour nous ba­lan­cer ses pen­sées vio­lentes et ses mu­siques en­tê­tantes. Tout un monde où il fait nuit, où tout ex­plose, qui ef­fraye et fas­cine à la fois.

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